Lucile Corbeille signe une bande dessinée singulière, qui explore la complexité du deuil, du non-dit et de la transmission traumatique. Le trait est délicat, presque spectral. Son utilisation de l’aquarelle donne vie aux silences graphiques et donne à la lecture une texture particulière, presque flottante. Ce n’est pas un récit spectaculaire, mais un lent glissement intérieur, une descente dans les zones floues de la mémoire familiale et personnelle.
Abîmes parle de vide, mais surtout de ce qu’on construit autour de lui pour survivre. Il évoque les héritages invisibles, les blessures muettes, et cette étrange manière qu’a le passé de rejaillir quand on tente de l’oublier. C’est aussi une bande dessinée sur la filiation et les questions qui restent sans réponse.
Dans un contexte contemporain où les questions de santé mentale, de charge émotionnelle et de mémoire familiale reviennent au centre des récits, Abîmes s’inscrit avec justesse. Sans chercher à résoudre ou à apaiser, l’auteure invite à habiter l’incertitude, à accepter les failles, et à en faire, peut-être, une forme d’art.
https://julitlesmots.com/2025/06/03/avis-express-lessentiel-en-quelques-mots-3/