Airboy mélange les genres et rend trouble la distinction entre fiction et réalité. Car James Robinson et Greg Hinkle, le scénariste et le dessinateur, sont pleinement partie prenante de cette œuvre, en tant que responsables créatifs mais aussi en tant que personnages.
James Robinson est en pleine déprime, il sent que son travail chez les grands éditeurs de comics a affaibli sa créativité. Il se déteste pour s'être ainsi laissé aller, coincé pour des œuvres de commande, des boulots alimentaires. Alors il cherche à oublier, il se drogue et s'alcoolise. On lui propose un jour de relancer Airboy, un personnage des années 1950, avec le dessinateur Greg Hinkle. Il accepte à contre-coeur, sachant qu’il a été choisi parce que c’est ce genre de personnages qu’on attend de lui. Mais après une nuit de débauche, le personnage d'Airboy apparaît dans la réalité de James et Greg. Et il n'est pas très satisfait de notre époque qu’il juge décadente et loin de ses standards des années dorées.
La rencontre entre un personnage ancien et désuet et la réalité actuelle est intéressante, assez amusante sur les décalages utilisés. Mais le cœur du livre est vraiment centré sur la personne de James Robinson. Dépressif et excessif dans l'autodestruction, c'est un personnage attachant malgré tout. L'apitoiement dont il peut faire part est contrebalancé par sa version cynique de l'industrie des comics.
Il y a du règlement de comptes, et des coups à rendre. Le trait assez punk vient ajouter de l’huile sur le feu. Mais c’est aussi une manière pour James Robinson de faire son auto-critique, pour mieux avancer. Airboy n’est pas une bédé dépressive, loin de là. Elle alterne coups de mou (au moral) avec crochets acerbes. Une bien belle bête qui ne manque pas de mordant.