Yannick Marchat serait-il un apprenti cupidon fou ? Décochant ses traits fulgurants et totalement hallucinés au hasard des planches, au hasard des gens, au danger d’atteindre et de rapprocher les opposés les plus improbables :

Touché Albin !
Ce garçon imposant, trentenaire rondouillard et timide solitaire, emplit son existence entre les diverses occupations routinières et son copain de bocal, Jacques Yves. Un étrange poisson rouge, complice de toujours, lui accordant, bon gré mal gré, une ouïe attentionnée quotidienne. Il n’est pas tout à fait malheureux Albin. Pas vraiment heureux non plus. Et derrière la lassitude des habitudes, nait le désir de transcender sa vie…

Touchée Zélie !
Jolie jeune fille pleine d’énergie, caractérielle rieuse et primesautière, elle croque le présent à pleines dents et n’a pas la langue dans sa poche. Célibataire déçue des hommes, elle ne veut plus prendre le risque d’aimer. Bien que peu encline à en recevoir les égards, elle se découvrira un faible pour le « gros nounours »…

Deux personnalités attendrissantes. Deux destins qui vont se heurter, se mêler, et basculer dans une autre dimension stupéfiante, invraisemblable. Si les premières pages dessinent les esquisses d’un coup de foudre archétype, découvrent les prémisses d’une histoire d’amour à la limite du cliché, mais tellement évidente qu’elle donne pourtant l’envie d’y croire, la magie resserre son étreinte lorsque Cupidon déploie les grands moyens. Une scénographie singulière, fantaisiste, camée à un irréel galactique convoquant extra-terrestres et vastes espaces inconnus.

Intriguant merveilleux où le réflexe premier force à dénicher de supposées métaphores malicieuses, avant de succomber à la romance et son invitation au lâcher-prise. Goûter simplement la poésie immanente. Poésie d’aujourd'hui. Tendre. Tamisée ou pétillante. Habile et détachée. Elle laisse évoluer les personnages dans un noir et blanc changeant, délicat, parfois violent ou flou, aussi ambigu que les sentiments de ses acteurs. L’imagination visuelle babillarde d’une sphère irrationnelle dont le retour sur Terre achèvera d’exposer les non-dits, effleurera des émotions indicibles, révélant l’essence des choses et des êtres.

À la fermeture de l’album persiste cette agréable sensation, comme un sourire épinglé au coin du cœur.
Sejy
7
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le 18 oct. 2012

Critique lue 260 fois

Sejy

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