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Battle de slam
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le 14 oct. 2025
Il y a des adaptations qui donnent immédiatement l’impression d’être condamnées à l’échec. Parce qu’elle repose sur quelque chose de tellement littéraire, tellement sensoriel et interne, qu’on se demande honnêtement comment quelqu’un pourrait réussir à traduire ça en images. Et pendant longtemps, La Horde du Contrevent faisait clairement partie de cette catégorie pour moi. Le travail de Alain Damasio est tellement particulier, tellement construit autour du langage, du rythme, de la sensation du vent, de cette espèce de souffle permanent qui traverse autant le monde que les personnages, que l’idée même d’une adaptation en bande dessinée ressemblait presque à une mauvaise idée sur le papier.
Pourtant, les trois premiers tomes avaient réussi quelque chose d’assez fou. Non seulement ils parvenaient à récupérer l’univers du roman avec énormément de respect, mais ils arrivaient surtout à lui donner une existence visuelle crédible. Non pas une simple suite d’illustrations qui accompagnent le texte. Il y avait des planches qui étaient de véritables fulgurances. Des moments où le découpage, la mise en scène, les décors, les jeux d’échelle ou certaines visions du monde donnaient vraiment l’impression de voir enfin cet univers prendre vie. Et ce qui m’avait marqué aussi, c’est que l’adaptation semblait progresser au fil des tomes.
Chaque volume me paraissait plus maîtrisé que le précédent!
Forcément, j’attendais énormément ce tome 4.
D’autant plus que cette partie du roman m’a toujours intrigué.
On ralentit un peu l’exploration pure pour s’attarder davantage sur la société, ses dirigeants, les intrigues politiques et certains mystères qui gravitent autour de la Horde depuis le début. Ce n’est absolument pas la partie la moins intéressante du récit, bien au contraire. Dans le roman, je me souviens avoir vécu ce passage comme une respiration qui venait éclairer énormément de choses.
C’est justement là où cette adaptation m’a un peu moins convaincu cette fois.
Parce que là où le roman me donnait l’impression de révéler progressivement ses secrets, ce tome m’a surtout donné la sensation d’une pause. Et ce n’est pas forcément un défaut en soi. Une œuvre longue a besoin de ralentir parfois. Mais je dois avouer que, pour la première fois depuis le début de cette adaptation, j’ai eu le sentiment d’un tome un cran en dessous des précédents.
On le ressent surtout dans la mise en scène.
Il y a une alternance assez étrange entre des plans très larges et des plans extrêmement rapprochés qui finit régulièrement par perdre le lecteur spatialement. On ne sait plus toujours exactement où on regarde, où les personnages se situent, comment les lieux s’articulent entre eux. Et ça devient particulièrement problématique quand l’intrigue nous demande justement de suivre des jeux ou des affrontements qui nécessitent une lecture claire de l’espace.
Ça m’a beaucoup fait penser aux mangas de sport, finalement. Même quand l’action devient spectaculaire ou exagérée, ils ont souvent une lisibilité irréprochable. On comprend où sont les joueurs, où circule la balle, comment les corps se déplacent. Dès que cette clarté disparaît, tout le sel du jeu disparaît avec elle.
Et ici, les trois épreuves du tome m’ont laissé une impression assez frustrante.
Le premier jeu est quasiment esquivé pour se concentrer sur une discussion dans le public. Le deuxième manque franchement d’impact et reste assez confus graphiquement. Puis vient cette fameuse joute verbale qui était déjà, honnêtement, une des parties les plus floues du roman pour moi. Et l’adaptation ne clarifie malheureusement rien. Au contraire, elle accentue presque cette impression de confusion avec une mise en scène qui rappelle parfois certains comics extrêmement verbeux où les dialogues finissent par prendre le dessus sur toute la lisibilité du reste. J’étais aussi perdu ici que lors de ma lecture du roman à cet endroit précis.
Du coup, oui, c’est probablement le premier tome qui m’a laissé un peu sur le carreau.
Mais ce qui empêche complètement cette lecture de devenir décevante, c’est que la série continue malgré tout à réussir énormément de choses. Certaines révélations sont vraiment très bien mises en scène et le tome se termine sur un cliffhanger extrêmement efficace, probablement le plus fort depuis le début de l’adaptation. Et surtout, on sent enfin les personnages devenir de plus en plus distincts.
C’est même quelque chose que je trouve assez fascinant quand je repense au premier volume. À l’époque, beaucoup de membres de la Horde me semblaient presque interchangeables. On retenait surtout le scribe et quelques figures plus marquantes. Mais plus la série avance, plus chacun prend une vraie place. Ils deviennent plus humains, plus identifiables, plus attachants aussi. Et cette intrigue autour du traître au sein même de la Horde apporte une tension qui fonctionne vraiment bien.
Ce qui est finalement assez appréciable, c’est que ce tome arrive malgré tout à mélanger énormément d’éléments dans un volume qui sert presque de pause narrative. Il développe son univers politique, continue son humanisation des personnages, installe ses mystères, nourrit son intrigue interne autour du traître et parvient quand même à maintenir une lecture globalement agréable.
Puis visuellement, même dans un tome que je trouve moins maîtrisé, cette adaptation reste capable de sortir des planches superbes. Les décors continuent d’être incroyablement inspirés. Il y a toujours cette capacité à donner vie aux lieux, à faire ressentir leur immensité, leur étrangeté, leur verticalité. Même quand la narration me perd un peu, l’univers continue, lui, de me happer complètement.
Donc oui, ce tome 4 est probablement le premier vrai petit accroc de cette adaptation à mes yeux. Mais un accroc dans une série qui continue malgré tout de s’en sortir avec largement plus que les honneurs.
Créée
le 8 mai 2026
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