« Alvar Mayor : Les cités légendaires » est le premier tome (sur trois) d'une bande dessinée regroupant les histoires de l'aventurier Alvar Mayor, écrites par Carlos Trillo et dessinées par Enrique Breccia, et parues dans les années 1970. Ces récits pulp nous plongent en Amérique du Sud, à l'époque de la colonisation espagnole, à une époque où les conquistadors poursuivent encore le rêve fiévreux de l'Eldorado.
Notre héros est un personnage intéressant. Fils de conquistador mais né sur le continent sud-américain, il ne partage ni les illusions ni la brutalité aveugle des conquérants. Pour autant, il n'hésite pas à leur servir de guide, c'est son métier, lors de leurs expéditions dans les Andes et la jungle amazonienne, observant ce monde violent avec un regard lucide et presque désabusé. Ce n'est pas un héros flamboyant : Alvar est taciturne mais charismatique, doté d'une morale bien à lui mais toujours pragmatique. J'imagine sans mal qu'il aurait pu être incarné par Clint Eastwood dans un film.
J'ai beaucoup aimé découvrir ce personnage à travers ce recueil d'histoires courtes, parfois un peu expéditives, mais qui proposent toujours une idée intéressante et n'hésitent pas à montrer la violence et les horreurs de cette époque.
Et niveau dessin, tout en noir et blanc, c'est un vrai plaisir. Breccia junior a clairement le dessin dans le sang, son père Alberto Breccia étant lui aussi une figure majeure de la BD argentine. le trait est sombre, rugueux et très expressif, jouant sur les contrastes et les ombres pour installer une ambiance âpre, presque oppressante, parfaitement en accord avec le récit.
J'ai adoré découvrir Alvar Mayor à travers ce premier tome et je vais sans hésiter enchaîner avec les deux suivants de cette très belle réédition. Cette lecture a eu pour moi un goût d'Eldorado : la découverte d'un trésor oublié de la BD.