Critique de Ascension – Une odyssée vertigineuse vers l’abîme

“Pourquoi grimper ? Parce que la montagne est là.” Cette phrase célèbre des alpinistes résume à merveille l’essence de Ascension (Gaku – Minna no Yama), le chef-d’œuvre de Shinichi Sakamoto. Ce manga nous entraîne dans une quête obsessionnelle de dépassement de soi, où l’ascension des sommets devient une métaphore de l’isolement, de la souffrance et d’une soif de liberté absolue. À travers un récit brutal et une mise en scène à couper le souffle, Ascension explore la frontière entre la vie et la mort avec une intensité rare.

Un héros hanté par son passé

Buntarō Mori n’est pas un alpiniste comme les autres. Solitaire, taciturne, il ne grimpe pas par passion, mais par nécessité vitale. Dès son adolescence, il fuit un monde où il ne trouve pas sa place pour se réfugier dans les hauteurs, là où le silence est absolu et où il ne doit rendre de compte à personne. Pour lui, chaque ascension est un combat contre lui-même, une échappatoire à une société qu’il méprise et une manière d’exister autrement.

Le manga explore l’obsession destructrice qui pousse Mori toujours plus loin, au mépris du danger, de la souffrance et même de la mort. Ce n’est pas seulement un alpiniste : c’est un homme qui cherche un sens à sa vie en repoussant ses propres limites.

Une immersion totale dans l’alpinisme extrême

L’une des grandes forces de Ascension, c’est son réalisme saisissant. Contrairement à de nombreux mangas de sport ou d’aventure, il ne romantise pas l’alpinisme : chaque ascension est une lutte de chaque instant. La météo impitoyable, le manque d’oxygène, la fatigue écrasante, la peur du vide… Tout est retranscrit avec une précision qui donne le vertige.

Les scènes d’escalade sont particulièrement intenses et immersives. Shinichi Sakamoto utilise des plans dynamiques et des perspectives vertigineuses qui nous donnent l’impression de grimper aux côtés de Mori. On ressent le froid mordant, le poids du harnais, la tension des muscles au bord de la rupture.

Mais Ascension ne se contente pas d’être une simple démonstration de technique alpine. Le manga explore aussi la philosophie de l’alpinisme : pourquoi risquer sa vie pour atteindre un sommet ? Où s’arrête le courage et où commence l’inconscience ?

Une œuvre à la beauté brute et sauvage

Le dessin de Shinichi Sakamoto est à lui seul une claque visuelle. Son trait détaillé et expressif sublime autant la beauté froide et inhospitalière de la montagne que les visages marqués par la fatigue, la peur et l’extase.

Le découpage est particulièrement cinématographique, avec des cases parfois muettes qui laissent parler la grandeur du paysage ou le poids du silence. Certains passages flirtent avec l’abstraction, traduisant l’état mental extrême de Mori lorsqu’il atteint ses limites.

Dépassement de soi ou autodestruction ?

L’une des grandes questions du manga est celle de la ligne mince entre la passion et l’obsession. Mori est-il un génie de l’alpinisme ou un suicidaire en puissance ? Chaque ascension semble le rapprocher un peu plus du gouffre, et la montagne devient autant un sanctuaire qu’un monstre prêt à le dévorer.

Le manga met également en avant la solitude du grimpeur. Contrairement à d’autres récits d’alpinisme basés sur l’esprit d’équipe, Ascension montre un héros qui refuse les liens humains et ne grimpe que pour lui-même. C’est ce qui rend l’histoire à la fois fascinante et tragique.

Conclusion – Un chef-d’œuvre hypnotique et vertigineux

Ascension est bien plus qu’un manga sur l’alpinisme. C’est une odyssée existentielle, une plongée dans la psyché d’un homme qui cherche à fuir son passé et à se trouver lui-même dans un environnement où seule la vérité brute subsiste.

Porté par un dessin magistral et une tension narrative omniprésente, Ascension est une expérience intense, immersive et profondément humaine. Un incontournable pour ceux qui aiment les récits de dépassement de soi, d’isolement et d’absolu.

Note : 9,5/10 – Une montée irrésistible vers les sommets… et vers l’abîme.

Malogon
10
Écrit par

Créée

le 3 avr. 2025

Critique lue 13 fois

Ascension

Ascension

9

Ckai

le 28 févr. 2017

Suivre

Se rapprocher du ciel pour se sentir vivant

Buntaro Mori est transféré dans un nouveau lycée suite à des problèmes dans son ancienne école. Entre solitude et misanthropie, il se referme directement sur lui même et met comme un mur face au...

Ascension

Ascension

3

Gorz

le 16 déc. 2023

Suivre

Récit de surface

Beaucoup de spoil donc faites attention.Ascension," également connu sous le nom de "Kokou no Hito," nous plonge dans l'histoire de Mori Buntarou, un lycéen associable, introverti et laconique qui...

Ascension

Ascension

7

Stephane_Hob_Ga

le 22 août 2013

Suivre
Dernière modification

le 1 mai 2014

Alpiniste en herbe

C'est un 6 pour un premier volume efficace mais assez classique autant sur la forme que sur le fond. Ascension est un shonen sportif et j'avoue que les shonen, je ne suis déjà pas très client (le...

Dragon Head (Édition double), tome 1

Dragon Head (Édition double), tome 1

9

Malogon

le 3 avr. 2025

Suivre

Un voyage au bout de la folie

“Que reste-t-il de l’humanité quand tout s’effondre ?” Avec Dragon Head, Minetarō Mochizuki nous plonge dans un huis clos suffocant, où la peur et la folie deviennent des adversaires aussi...