En ce moment, et alors que je suis un peu blasé des films et chansons ingurgités par hectolitres, je semble sensible à la bande-dessinée. Une question de phase peut-être. Mais qui n'explique pas à elle seul le choc provoqué par Au-Dedans, roman graphique qui gagne sur tout les tableaux : intime sans fioritures ni épanchement qui diluerait, drôlatique dans ses observations espiègles et son absurde qui ne force jamais par coolitude. Et touchant, drôlement touchant, avec ses séquences presque oniriques, muettes, en couleur, cauchemardesques qui mettent en scène les sentiments que les mots ne parviennent pas à évoquer. Ou comment le cheminement gentiment méta d'un dessinateur hipster new yorkais, entremêlé d'une romance et d'un drame familial, se révèle in extenso la plus belle porte d'entrée vers une émotion intérieure, simple et pourtant enfoui sous le superflu. Graphiquement, bien sûr, le tout est superbe, d'une délicatesse feutrée, avec un sens du silence, du découpage, qui force le respect.