J’avais déjà pu découvrir Kazuo Umezu avec L’École Emportée, un manga qui m’avait totalement absorbé dans son atmosphère apocalyptique et son crescendo angoissant. Ici, l’approche est différente, plus insidieuse, plus lente, mais une fois qu’on est pris dans l’engrenage, impossible de décrocher.
Le premier tome, honnêtement, a failli me perdre. C’est une longue introduction qui pose minutieusement ses bases, qui prend le temps d’installer ses personnages, son contexte, et qui semble presque trop prudente dans son développement. Mais j’ai bien fait de persévérer, parce que ce qui suit est d’une intensité fascinante.
L’histoire repose sur une idée qui, dès qu’on la comprend, devient un véritable cauchemar psychologique. Kazuo Umezu a ce talent rare de savoir transformer une obsession en un véritable vertige horrifique, où la tension se construit par accumulation, où chaque chapitre enfonce un peu plus ses griffes dans l’angoisse et la dégénérescence. Il y a une atmosphère unique dans Baptism, quelque chose de profondément malsain qui ne repose pas sur des effets faciles ou du gore à outrance, mais plutôt sur une montée en puissance implacable et une claustrophobie, physique et mentale!
L’horreur, ici, est avant tout psychologique. Elle s’insinue doucement, jusqu’à devenir presque étouffante. On est pris dans un huis clos où les frontières entre amour, obsession et folie deviennent de plus en plus floues, où les personnages, magnifiquement dessinés, oscillent entre la beauté et la monstruosité. L’angoisse ne vient pas d’un danger extérieur, mais d’une transformation intérieure, d’un engrenage dont on voit venir les conséquences sans pouvoir les arrêter.
Graphiquement, Umezu fait encore une fois preuve d’une maîtrise impressionnante. Son trait, qui peut sembler daté au premier abord, est en réalité d’une modernité folle dans sa mise en scène. Chaque expression, chaque regard, chaque cadrage est pensé pour renforcer le malaise, pour accentuer la bizarrerie de certaines situations. Il a ce talent de rendre le quotidien inquiétant, de transformer des scènes banales en instants de pur cauchemar.
Alors oui, peut-être que L’École Emportée m’a plus marqué, peut-être que son rythme plus direct et son concept plus grandiose m’ont davantage transporté. Mais Baptism a cette étrangeté envoûtante, cette manière unique de prendre son temps avant de frapper là où ça fait mal. Une fois passé son premier tome, il devient difficile de détourner les yeux.
C’est un manga qui joue avec nos nerfs, qui manipule à la perfection la tension et l’attente, et qui prouve une fois de plus que Kazuo Umezu est un maître du malaise et du suspense. Un bijou du horror manga, qui mérite largement qu’on lui laisse le temps de déployer toute sa folie.