La couverture propose une immersion immédiate dans les années soixante au beau milieu d’un polar américain. Un détective à l’apparence fatiguée semble se réfugier dans les bras d’une femme pour se protéger d’une ombre menaçante projetée sur un mur de briques ocres. Le titre s’inscrit dans une bandeau jaune rappelant celui préservant les scènes de crime. Il se dégageait de l’image une personnalité graphique forte et un terreau propice à une histoire captivante. La réalité allait être à la hauteur des promesses éveillées ?
Le détective pensait avoir terminé sa journée lorsqu’une jeune femme aux mœurs volages tape à sa porte solliciter ses services. Elle souhaite savoir pourquoi son mari, plombier de son état, ne la trompe pas. Cette requête curieuse est le point de départ d’une histoire aux enjeux bien plus riches qu’une simple question de fidélité (ou pas) …
L’histoire est découpée en chapitres eux-mêmes composés d’une succession de strips. Cette structure originale mêle donc avec une certaine réussite gags indépendants et intrigue au long cours. Elle permet d’installer un ton particulier et décalé très appréciable. Le dispositif arrive à faire sourire de manière constante tout en maintenant du suspense tout au long de l’intrigue.
L’album s’inscrit pleinement dans une ambiance de polar américain des années soixante. En effet, dès les premières pages, une héroïne au physique de playmate croise le chemin d’un vieux détective mal rasé à l’hygiène douteuse. L’intrigue nous plonge rapidement dans une histoire d’espionnage sur fond de Guerre froide. Les ingrédients sont prometteurs et malgré les contraintes imposées par la structure narrative, la recette joliment exécutée propose un résultat plein de saveurs. Le ton de la narration se veut clairement humoristique. Les caractéristiques caricaturales des personnages et le ton décalé des dialogues sont joliment exploités. Les situations de gag sont efficaces et le joli sens de la chute des auteurs surprend souvent et fait toujours mouche.
La réussite de l’ensemble s’appuie également sur l’écriture des personnages. Les auteurs proposent une jolie galerie de protagonistes en veillant à ce qu’aucun d’entre eux ne phagocyte les enjeux narratifs. Certes, il y a évidemment Brenda et Barney qui sont à l’origine de l’intrigue et qui y occupent une place importante. Néanmoins, le mari plombier et les espions américains ou soviétiques ne laissent pas leurs parts au chien… Chacun apporte son écot à la trame et alimente avec sa personnalité les gags qui s’enchainent. Cela offre ainsi une jolie variété de blagues et une histoire pas dénuée de rebondissements.
Pour conclure, cet album est une jolie découverte à l’atmosphère sympathique. Le style graphique de Guerse participe activement à l’immersion dans l’histoire et dans son univers. L’ensemble se lit avec plaisir. On se laisse prendre par la trame et les gags s’avèrent efficaces. Je ne peux donc vous inciter à laisser une chance à cet album si vous croisez son chemin…