Bascules
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Bascules

BD franco-belge de Patrick Lacan (2016)

Quand ce monde absurde ne tourne plus rond et que tout fout l'camp, Lacan tient bon

À lire confortablement avec des extraits sur : http://branchesculture.com/2017/02/07/bascules-patrick-lacan-bd-critique-social-humour-absurde/


Attendez, Lacan, Lacan, Lacan comme le psychanalyste ? Non, du tout, Lacan comme l'enfant terrible du dessin dont les traits bigarrés sont passés depuis longtemps à la postérité. Et comme tout peut basculer à tout moment, Patrick de son prénom en a fait un thème de choix pour son nouvel album fait d'histoires courtes et folles et réveillant pourtant un curieux et dangereux sentiment de déjà-vu. Chez Objectif Mars Éditions.


Résumé de l'éditeur : Traitant aussi bien de liberté d’expression munie de serrures que d’appartements à mobilité sexuelle, de désirs qui basculent, de poings levés aux étoiles ou de l’Homme retournant à sa nature de salade, “Bascules” est un ensemble de courts récits déroutants sur une société qui accélère sans trop savoir où elle va et écrase souvent les retardataires.


J'espère que vous n'avez pas le vertige, car à coup sûr, Bascules donne le tournis. En neuf histoires de moins de dix pages, Patrick Lacan nous invite donc au bal d'un monde cruel, sans concession et pourtant terriblement ressemblant aux nôtres. Ici, dans ces tristes villes à la dérive (au propre comme au figuré), on pare au plus urgent: métro-boulot-dodo, on dort dans des cités-dortoirs, on s'aime (mais appelle-t-on encore ça de l'amour ?) dans des sortes de conteneurs interchangeables d'un jour à l'autre. Et le lendemain, faites-bien gaffe à cette locomotive cannibale qui risque bien de vous broyer si vous n'y faites pas gaffe.


Et nos politiciens ? Ils n'y jetteraient pas un œil ? Un oeil, non (ou au beurre noir, alors), mais les poings, oui, car désormais santé, enseignement ou autre ministère sécuritaire sont disputés sur le ring de boxe. Dans cet océan de turpitudes, il serait facile de vouloir être seul au monde mais ce serait en oublier tous les désagréments.


Bascules, c'est une oeuvre expressionniste, qui, au train où va le monde, pourrait bien vous paraître visionnaire. Dans les dignes pas des Chroniques absurdes de Miguelanxo Prado, Patrick Lacan met l'énergie et la vivacité au service d'un propos aussi loufoque que finalement réaliste, abstraction faite de l'univers délirant de Lacan. Et les pulsions humaines de tous types se trouvent ici sauvagement mises en lumière... et obscurcies, tout d'un coup. Pris dans la bascule inéluctable, tout fout l'camp, mais Lacan tient bon et nous offre une démonstration par l'absurde qui remet les idées en place.

Créée

le 8 févr. 2017

Critique lue 106 fois

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