Quand Jeph Loeb revient sur Batman, en bon public, on s'incline. Face au génie qui a déjà signé Un Long Halloween et Amère Victoire, on ne peut qu'attendre le meilleur.
De plus, le voilà accompagné par Jim Lee. Si la non-présence de Tim Sale doit nous préparer à ne pas avoir une suite des précédentes aventures écries par Loeb, on doit cependant apprécier le travail, très haut de gamme de Jim Lee, qui signe une de ces meilleures œuvres ici. Il faut dire que les différents personnages ont été conçus pour lui. Son trait, parfois exagéré, trouve ici son parfait lieux. Sa maîtrise des personnages costumés va pouvoir briller tant leur nombre est important dans les pages présentes.
En effet, ce qui frappe dans cette histoire c'est le grand nombre des personnages présents. Jusqu'à présent, Loeb avait surtout fait dans le très intime pour Batman, se concentrant à l'extrême dans quelques personnalités profondes, prises en regard de façon introspective. Dans Silence, ce sont davantage les relations qui vont être mise en avant. Batman, et à travers lui Loeb, va chercher à cristalliser chaque relation de cet univers. Il en résulte une galerie très riche de personnages de la Bat-Family et des alliés extérieurs (Robin, Huntress, Nightwing, Oracle, Jim Gordon, Superman, Loïs Lane, Krypto, Catwoman), mais aussi une énorme liste de méchants, parfois en simple guest même (Double-Face, Le Sphinx, Joker, Harley Quinn, Gueule d'Argile, Ra's Al Ghul, Talia, Lex Luthor, Amanda Waller, Killer Croc, Poison Ivy, l'Épouvantail).
C'est donc une liste très très grande de personnage que le lecteur a le droit d'avoir. Tellement que pour certains lecteurs, cela s'assimile à un gavage digne d'une oie avant Noël.
Pourtant, je trouve pour ma part que tout fut très réussi. En effet, Loeb maîtrise particulièrement bien chaque personnage et chaque lien qu'il a avec le Chevalier Noir. Les personnages sont tous finement écris et la dynamique de groupe est plus que maîtrisée. Catwoman se fait la voix de Jeph lorsqu'elle déclare à Batman que pour un solitaire, il est grandement entouré. C'est cette Catwoman qui est au centre du récit, dans une relation de couple plus honnête et directe avec Batman. Là encore Loeb impressionne par la finesse de cette relation et sa maîtrise. Du grand art ! Pour les fans du personnage, Silence est un Must-Have absolu.
De plus, le récit principal n'est pas oublié. Les ennemis de Batman agissent différemment, tous changent légèrement de mode opératoire. Et ceux-ci seraient commandés par un mystérieux criminel au visage caché par des bandelette. De qui peut-il s'agir ? Les énigmes se mêlent et s'entremêlent. L'ambiance est posée, maîtrisée. On est entre le pur blockbuster empli d'action : pas une planche qui nous laisse sans suspense et en même temps, nous sommes vraiment dans une énigme. On ne cesse de se questionner, de s'interroger sur l'identité réelle de Silence (Hush en VO).
Bien entendu, comme d'habitude avec Loeb, la surprise est de taille lors de la double révélation finale. Les idées exploitées sont également très bonnes pour les fausses pistes.
Pour autant, le récit a quelques défauts : l'usage, si massif de tant de personnages, donnent parfois un sentiment de gâchis pour certains (en tête desquels l'Epouvantail), quand bien même la nette majorité fut réussie. Le second défaut est qu'il y a une volonté de ne pas trop troubler l'univers de Batman, la fin permettant un retour quasi-parfait au statu quo. Troisièmement, on aurait aimé un développement plus total d'Harvey Dent, tant il fut le personnage principal de la dyptique écrite par Loeb.
Cela dit, Silence reste du très bon Batman, une des meilleures œuvres des années 2000 avant le passage de Morrison sur le titre.