* Critique originale disponible sur Duozora *
Tu as été choisi pour devenir le père du diable.
Oga Tatsumi est un élève de 2nde au lycée Ishiyama, un repère de délinquants en tout genre. Connu pour sa force monstrueuse, d'autres voyous viennent régulièrement lui chercher des noises pour le remettre à sa place. Mais un jour alors qu'il est en pleine bagarre, un bébé étrange apparaît dans la rivière et décide de rester collé à lui. Sa gouvernante, Hildegarde, explique alors à Oga que le petit bébé n'est autre que Beelzebub IV, le fils du roi des démons et futur héritier du trône, et qu'il a choisi Oga pour être son nouveau papa qui aura pour mission de l'élever comme un vrai démon sanguinaire afin qu'il puisse détruire le monde des humains une fois grand.
Oga se fiche pas mal de cette histoire mais désormais lié au petit bébé par un sort démoniaque, il risque de mourir si il s'en éloigne trop et décide donc bon gré mal gré de le garder avec lui le temps de trouver un moyen de s'en débarrasser.
Le Diable s'habille en bébé
Il n'y aura pas de scénario à proprement parler dans Beelzebub, il s'agit plus d'un enchaînement de petites histoires humoristiques entrecoupées de quelques arcs un peu plus longs. Les péripéties sont variées (ça peut se passer dans la maison de Oga, à la fête de l'école, à la crèche, dans le monde des démons, sur une île déserte, et j'en passe...) mais on suit principalement Oga combattre des délinquants ou des méchants démons et ainsi asseoir sa légende de combattant le plus fort de la ville. Bien évidemment, les pouvoirs du petit bébé Beel n'y seront pas étranger, mais en contrepartie le gamin lui en fera voir des belles aussi, sans compter tous les ennemis du roi démon qui prendront Oga pour cible, le plus souvent pour des raisons plutôt futiles voire complètement stupides qui amèneront donc à des situations improbables.
Car oui Beelzebub, avant d'être un shônen, est surtout une comédie. Ainsi les histoires évolueront principalement autour de gags divers, d'où la lenteur de progression de l'histoire générale, mais comme je l'ai dis, il y a quand même des arcs qui permettent de découper le tout en "étapes" comme dans tout shônen qui se respecte. Beelzebub ne proposera donc rien de très nouveau dans l'univers du shônen de baston dont il se contente d'emprunter les codes de base mais il arrive tout de même à construire un univers accrocheur et à mettre le tout en scène de manière hilarante tout en développant un minimum son histoire. Une œuvre donc relativement simple mais tout de même solide dans l'ensemble.
La guerre arrivée, le diable agrandit son enfer
Avec tous ces délinquants et démons qui attaquent Oga du jour au lendemain, il y aura une ribambelle de personnages. Mais parlons déjà du quatuor principal.
Oga est un héros assez accrocheur dans le sens où il reste dans l'archétype du héros de shônen craqué qui fonce dans le tas, mais à côté de ça c'est aussi quelqu'un de machiavélique, sans aucun amour propre, et qui se fiche un peu de tout, donc il peut être également très drôle et surprenant selon les moments. Il sera accompagné de Furuichi, son ami d'enfance surnommé "le cerveau" qui est le seul gars à peu près ordinaire et intelligent du lycée. Il ne participe pas aux combats et est principalement là pour être la "raison" d'Oga mais se traîne une sale réputation de pervers/voyeur/Pedobear à cause de son obsession à peine cachée pour les filles. Le petit Beel se contentera d'être la mascotte, mais comme son nouveau papa, il a des côtés aussi mignons que fourbes et est en adoration devant tout ce qui est effrayant. Un petit héros au design potelé efficace et à la fois aussi drôle qu'adorable ! Il sera accompagnée par Hildegarde (Hilda), sa gouvernante qui a pour mission d'être sa maman de substitution. Hilda sera l'archétype de la femme froide et impitoyable qui n'a de respect pour personne en dehors de Beel qui sera la prunelle de ses yeux. Si il est vrai qu'elle évoluera assez peu tout au long de l'œuvre, son personnage sera néanmoins plutôt bien utilisé, bien qu'elle perde en importance sur la fin.
À mesure qu'Oga gagnera ses combats, il réussira à s'entourer de divers compagnons plus ou moins forts, et notamment le TTKH (Tôhôshinki), les 4 rois du lycée Ishiyama.
Kanzaki est le délinquant basique qui martyrise les autres mais n'est pas trop prise de tête du moment qu'on ne vient pas le titiller. Himekawa est un gosse de riche qui règle tout avec son argent et sa ruse, pas vraiment une personne de confiance. Kunieda est la leader des Red Tail, un groupe de délinquantes respectées. C'est une fille gentille et bien élevée qui défend les plus faibles. Enfin Tôjô est le gars surpuissant mais simple d'esprit. Il se fiche pas mal de sa renommée et aime simplement affronter des adversaires forts. Il est toujours fauché comme les blés alors il passe son temps à faire des petits boulots extravagants. Vous l'aurez compris, tous ces personnages seront extrêmement différents mais ce ne sera que pour le meilleur puisqu'ils sauront parfaitement se compléter malgré leur mésentente. L'auteur les fera apparaître selon les besoins de l'histoire, il ne sera donc pas rare de les voir débarquer sans crier gare et chacun aura ses moments à lui, très souvent hilarants.
Ils seront généralement accompagnés par leur divers sous-fifres aux profils variés là-encore, de la grande sœur protectrice au grand cœur, au gars nonchalant qui cache une force hallucinante, au prof et mentor super fort mais qui se comporte comme un abruti et se fait toujours rembarrer par ses élèves...
Et à côté de ça il y a bien évidemment tous les démons, les gangs de délinquants des autres écoles, les frères et sœurs des uns et des autres, etc etc. Comme je vous l'ai dis, il y a vraiment beeeaaaucoup de personnages dans Beelzebub. Et si tous ces personnages seront pour la plupart très clichés et n'évolueront qu'assez peu voire pas du tout pour les moins importants, l'auteur comprendra toujours parfaitement quand et comment les mettre en scène, les rendant vite indispensables au succès du manga. Chacun trouvera sa place dans une histoire, ou même juste une case pour appuyer les gags, ce qui rend d'une manière générale tous ces personnages très accrocheurs !
De l'humour pas si diabolique
Du côté des dessins, le manga reste dans la norme on va dire. Le mangaka n'a pas vraiment une patte particulière, ce qui peut être un défaut pour un manga comique mais il se rattrape avec ses chara design accrocheurs dans l'ensemble (et les diverses bouilles de Beel !). De plus, si le trait semble encore un peu hésitant au début du manga, il évoluera assez rapidement dans le bon sens.
Ainsi la force du manga se trouvera principalement dans son humour omniprésent ! Comprenez que les gags ont vraiment tous de l'impact, même ceux perdus dans une petite case ou qui ne tiennent que sur une phrase. La majorité passent par le texte plus que par le visuel avec notamment le style d'humour à la japonaise du boke/tsukkomi, ou encore le cassage récurrent du 4ème mur que j'adore personnellement. Cependant le comique de situation ne sera pas en reste lui aussi. Il faut comprendre que dans Beelzebub, absolument rien ne se veut sérieux et c'est ainsi qu'aucun personnage ne sera choqué plus de 20 secondes qu'Oga se balade avec un bébé cul nul sur son épaule ou qu'il arrive à désintégrer entièrement une école avec un coup de poing (il est tellement fort après tout, trop la classe !).
Ainsi les situations entre humains et démons sont assez drôles car les humains font généralement peu de cas des monstruosités et/ou absurdités qui se déroulent devant leurs yeux, se contentant simplement de se dire qu'il suffit de faire voler les ennemis vers d'autres cieux pour se débarrasser du problème, ce qui créé des situations particulièrement cocasses. C'est pourquoi l'avancée du scénario importera assez peu au final, ce qui explique le fait qu'il stagne pendant les 3/4 de la série. Mais en contrepartie l'humour ininterrompu viendra vraiment apporter un rythme perpétuel aux différents chapitres. Et à vrai dire, c'est peut-être mieux ainsi car on remarque vite que l'auteur a du mal à se démarquer lorsqu'il met en scène du shônen nekketsu plus classique (on le voit notamment avec le tout dernier arc plus sérieux qui vient conclure la série mais qui peine à nous faire réellement rentrer dans l'histoire).
Pour finir, je souhaiterai glisser un petit mot sur la traduction de Kazé/Crunchyroll que je trouve vraiment pas mal. On sent que les gags et les noms ont été réarrangés pour le public français mais pour une fois, ceux-ci ne perdent pas de leur mordant et surtout, on ne sent pas le passage de la VO à la traduction derrière, ce qui est un très bon point pour un manga comique qui reste un des genre les plus difficiles à retranscrire dans une autre langue. Une traduction de qualité par Thibaud DESBIEF que je me permets de saluer donc.
Diablement efficace !
Ainsi Beelzebub ne révolutionnera pas le genre du shônen ou du gag manga de par son concept qui se voudra juste simple et efficace. Mais cela ne l'empêche pas de mériter tout son succès ! Les gags sont imprévisibles et très variés tout au long des 28 tomes. Les personnages sont tous excellents et parfaitement mis à profit. Et l'univers est suffisamment consistant pour qu'on y croit.
Un manga ni trop long, ni trop court et que je conseille à tous ceux qui veulent simplement rire un bon coup !