J’avais terminé le tome 1 avec un mélange de fascination et d’appréhension. Comme si la série pouvait, à tout instant, s’écrouler sous son propre poids.

Voilà que le tome 2 vient confirmer à la fois mes espoirs… et un poil mes craintes.


On est ici dans une fuite en avant encore plus vertigineuse. Plus de mondes, plus de drames, plus de chaos, plus de révélations. C’est grisant, oui, mais c’est aussi de plus en plus douloureux. Le rythme ne ralentit jamais, pas même pour respirer. On traverse ces planches comme on traverse une tempête.

Si le tome 1 flirtait déjà avec la surcharge, celui-ci s’y vautre parfois sans retenue. Attention, il le fait pour mon plus grand plaisir, mais je peux comprendre que ça puisse étouffer le lectorat plus large.

C’est voulu, c’est même cohérent. Le concept de Pilier dysfonctionne, les réalités se disloquent, les liens familiaux se rompent ou se retissent dans la douleur, comment voulez-vous que la narration tienne droit ? Elle tangue, elle éclate, elle panique avec ses personnages. Remender ne cherche pas à nous rassurer, il continue son grand écart entre le pulp furieux et la tragédie intime.


C’est là que le tome 2 brille encore. Derrière le vernis de SF psychédélique, c’est toujours l’humain qui prime. L’égoïsme, la culpabilité, l’amour contrarié, la perte, les regrets. Grant McKay s’enfonce dans son propre enfer moral, et ses enfants ne sont pas en reste. Chaque monde visité est un miroir déformant, une possibilité foireuse, un avertissement. On pourrait croire à de la surenchère gratuite, mais non. C’est plus tragique que spectaculaire, plus intérieur que cosmique.


Visuellement, Scalera et White continuent leur carnage. C’est toujours aussi splendide, toujours aussi nerveux, mais peut-être plus dur à suivre cette fois-ci. Certaines pages deviennent presque illisibles tant elles hurlent dans tous les sens, tant le trait et la couleur se disputent l’espace. Mais peut-on leur en vouloir ? Black Science ne cherche pas la clarté, il cherche la collision. Entre les genres, entre les tons, entre les dimensions.


Mais dans tous ceci, j'ai fini par me dire que... J’ai déjà vu cette fuite. J’ai déjà ressenti cette fatigue. Jusqu’à quand ça va tenir ?

Le tome 2 me donne moins de répit que le premier. Il me donne aussi moins d’ancrage émotionnel. Les flash-backs sont là, heureusement, pour remettre un peu d’ordre, pour rappeler qu’il y a des cœurs qui battent derrière les cris. Mais ils sont plus rares, plus ténus. J’ai peur que la suite oublie ce fragile équilibre et qu'à force de jouer avec ce principe de multivers, le scénariste puisse avoir du mal à recoller les morceaux et finir tous les arcs narratifs!

Nous ne sommes qu'au niveau de la crainte, pour l'instant c'est un régal frénétique qui continu de me ravir.


Reste ce sentiment étrange, toujours le même. Celui d’une œuvre brillante, incontrôlable, dévorante. Un rêve de science-fiction détraqué, qui nous emporte plus qu’il ne nous guide. Je continue, bien sûr. Fasciné, un peu épuisé et inquiet, mais je continue de bon coeur!

C’est peut-être ça, la vraie force de la série, réussir à me faire douter tout en m’arrachant à chaque fois un "Allez, juste encore un chapitre…"

KumaCreep
8
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le 16 juil. 2025

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KumaCreep

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