Mexique, XVIème siècle. Malinalli est une jeune amérindienne issue d'une famille noble mais dont le peuple est oppressé par les Aztèques. Vendue comme esclave à une autre tribu, puis capturée par les conquistadors, elle réussira à survivre grâce à son don pour les langues et deviendra même interprète pour les envahisseurs.
A travers ce roman graphique, l'auteur et linguiste espagnole Alicia Jaraba, nous conte le destin singulier et tragique d'une femme connue au Mexique sous le nom de la Malinche, un personnage important de l'histoire du Mexique mais considérée comme une traîtresse pour s'être retournée contre les siens. Pourtant, cette BD nous montre avant tout l'histoire d'une femme dans un monde d'hommes, qui va essayer de trouver sa place alors que son univers et ses croyances s'écroulent autour d'elles. Les thématiques puissantes sont nombreuses : la condition de la femme, l'importance et la richesse des langues, l'art de la diplomatie, ou encore la place de la religion et de la cohabitation des cultes.
Si le scénario, inspiré de fait réel, complète avec brio les éléments manquants dans la biographie de la Malinche, le visuel est aussi de très grande qualité. le dessin est à la fois doux et semi-réaliste sans être caricatural. Les différents personnages sont vraiment reconnaissables, tous comme les costumes qui sont particulièrement soignés. La palette de couleurs est parfaitement utilisée pour transmettre les émotions et créer des ambiances différentes pour chaque scène. L'une des « petites » idées que j'ai particulièrement appréciées est de ne pas montrer de scènes de batailles, notre héroïne n'étant pas une guerrière, mais de les évoquer via le son des canons.
Véritable coup de coeur pour moi, « Celle qui Parle » nous plonge dans une période historique terrible au travers des yeux d'une femme, témoin des évènements, dont les actes et surtout la parole influeront sur l'Histoire.