Ceux qui me restent
7.2
Ceux qui me restent

Roman graphique de Damien Marie et Laurent Bonneau (2014)

Florent a beaucoup perdu tout au long de sa vie. D'abord sa femme, dont le suicide a fait de lui un père esseulé et incapable de faire face. Sa fille, ensuite. Lilie ne lui a jamais pardonné la mort de sa mère et l'a toujours tenu responsable de cette tragédie. Aujourd'hui, il voudrait la retrouver mais il ne la reconnaît plus. Son mal porte un nom terrible et glaçant : Alzheimer. La maladie n'est pas le seul sujet de cet album bouleversant. La rancœur, les non-dits, ces choses qui nous éloignent les uns des autres et n'engendrent au final que tristesse et remords sont également des thématiques abordées avec beaucoup d'habileté.

Difficile de mettre en images une mémoire défaillante. Les souvenirs surgissent par birbes, sans réelle hiérarchie. Ils s'imbriquent, se chevauchent, se télescopent, s'estompent, s'effacent. Que reste-t-il de tangible ? A quoi se cramponner ? Le récit restitue à merveille ce puzzle mémoriel dont les pièces se perdent peu à peu.

Le dessin de Laurent Bonneau, d'une grande sobriété, suggère les périodes de flottement, de vide, d'absence d'éléments temporels concrets auxquels Florent pourrait se raccrocher. Les grandes cases, très dépouillées, illustrent le "brouillard" dans lequel son esprit s'enfonce chaque jour davantage. C'est subtil et très lisible malgré l'aspect à première vue "décousu" de la narration.

Un album à lire comme une course poursuite. Contre le temps qui passe et efface. Contre une maladie impossible à vaincre. Contre l'amour perdu d'une fille à laquelle on n'a jamais, absolument jamais, cessé de penser au fil des années. Le récit émouvant d'une combat perdu d'avance, déroulé avec une intelligence et une pudeur remarquable.
jerome60
9
Écrit par

Créée

le 10 sept. 2014

Critique lue 635 fois

jerome60

Écrit par

Critique lue 635 fois

18
2

D'autres avis sur Ceux qui me restent

Ceux qui me restent

Ceux qui me restent

8

matvano

386 critiques

L'obsédant ciré jaune de la petite Lilie

Publié aux éditions Grand Angle (la collection réaliste des éditions Bamboo), le roman graphique « Ceux qui me restent » est l’une des toutes bonnes surprises de ces derniers mois. Simple, touchant,...

le 10 janv. 2015

Ceux qui me restent

Ceux qui me restent

6

Fatpooper

14051 critiques

Souvenirs

Pas totalement convaincu par ce projet. Le dessin est très chouette ; l'auteur propose une technique qu'il maîtrisé assez bien, avec des effets de matière intéressants. Les cadrages et le découpage...

le 24 févr. 2018

Ceux qui me restent

Ceux qui me restent

6

Nadouch03

962 critiques

La maladie d'Alzheimer en BD

Un exercice sur le thème de la maladie d'Alzheimer, tout en délicatesse, en allers-retours dans le temps. Des illustrations très réalistes et touchantes, pour un album sans grande surprise ni grande...

le 14 févr. 2015

Du même critique

Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie

8

jerome60

1322 critiques

http://litterature-a-blog.blogspot.com/2011/12/dans-les-forets-de-siberie-calendrier.html

Sylvain Tesson s'est fait un serment : avant ses 40 ans, il vivra plusieurs mois dans une cabane. Direction donc le fin fond de la Russie, sur les bords du lac Baïkal. De février à juillet 2010,...

le 17 déc. 2011

Le Guide du mauvais père, tome 1

Le Guide du mauvais père, tome 1

7

jerome60

1322 critiques

Critique de Le Guide du mauvais père, tome 1 par jerome60

- Papa ! C'est quoi la pénétration ? - La pénétration c'est quand le monsieur est sexuellement excité et que son pénis devient tout dur. Ça s'appelle une érection. Ensuite le monsieur fait entrer son...

le 5 janv. 2013

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

8

jerome60

1322 critiques

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/04/notre-besoin-de-consolation-est.html

« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux ». Ainsi commence cet...

le 13 avr. 2012