Dix ans après avoir débutée sa carrière par un récit autobiographique sur la révolte adolescente et sa gémellité (Forever ma sœur, chez Michel Lagarde), Florence Dupré la Tour revient cette fois sur son enfance, en passant par le prisme de rapports avec les animaux marqués par la cruauté – la sienne, celle de ses proches.
Les récits de Cruelle se veulent d'une honnêteté très crue, provocante, ne laissant guère de chance au lecteur de rester indifférent. C'est une des plus grandes qualités de ce livre : sa capacité à impliquer celui qui le lit en le renvoyant à ses propres cruautés enfantines.
Mais Cruelle, c'est aussi l'occasion de retrouver le talent de Florence Dupré la Tour pour faire ressentir et dépeindre le défilement des années, la maturation d'une personnalité (en l’occurrence, la sienne), la force et la pesanteur de la famille, la beauté âpre de la nature, de la campagne.
Ses dialogues sont toujours aussi savoureux, son humour toujours aussi féroce. Quant à son dessin, elle a choisi pour Cruelle un trait épuré (sans renoncer à la formidable expressivité des trognes de ses personnages) et une palette de gris dont l'austérité est bienvenue face à la violence des situations.
Premier volume d'une trilogie autobiographique, Cruelle, par sa justesse et sa force permet d'ores-et-déjà de placer son auteure aux côtés d'une Julie Doucet ou d'un David B.
(à paraître à la rentrée 2016 dans une revue promotionnelle des éditions Dargaud. Malgré le caractère promotionnel du support, je pense sincèrement tout le bien que je dis de Cruelle :) )