Résumé de manière cynique, Cyber Blue ne serait qu’un second Hokuto no Ken, dans un nouvel univers. En effet, nous y retrouvons les mêmes éléments : un environnement hostile, une population séparée en deux catégories distinctes – les forts, qui abusent du système, et les faibles, qui souffrent sans pouvoir résister – et un être absolu, capable d’abattre n’importe quel ennemi à main nu, messie pourvu d’un indéniable charisme, et qui considère qu’un coup de poing vaut mieux qu’un long discours. Les deux séries prônent la force brute pour combattre un système corrompu.
Ce qui change, c’est l’univers. Cyber Blue, comme son nom l’indique, se déroule dans un monde résolument cyberpunk. Les habitants sont obligés de porter sur eux des appareils respiratoires pour survivre aux conditions extrêmes de Tinos ; appareils vitaux donc contrôlés et objets de nombreux trafics. L’autre trafic en vogue sera celui des billets pour retourner sur Terre, considérée comme un paradis mais finalement source de nouveaux drames humains. La dimension cyberpunk se ressent jusque dans le personnage de Blue, fusion entre la machine et l’homme dotée de capacités extraordinaires.
Un aspect fondamental de Hokuto no Ken souvent occulté, c’est qu’il a été écrit par deux mangaka : un scénariste et un dessinateur. Même si seul Tetsuo Hara a continué d’exploiter cet univers, il n’en était à l’origine que le dessinateur. Avec Cyber Blue, il reprend pourtant exactement la même trame, le même cheminement, et surtout le même style ; seule l’atmosphère cyberpunk différencie les deux séries. Mais celle-ci permet à l’auteur de créer un environnement oppressant dans un système totalitaire ; la découverte de celui-ci et de ses secrets, combinée aux « bonnes vieilles recettes » déjà éprouvées dans Hokuto no Ken, permet à Tetsuo Hara d’écrire un manga percutent d’une grande noirceur.
Cela ne dure malheureusement pas. Pour le dernier tome de l’édition française (qui en compte trois), l’auteur transpose l’action sur Terre, et introduit une foule de nouveaux concepts – en particulier la « manipulation des nombres imaginaires », qui permet de justifier tout et n’importe quoi – sortis de nulle part et complètement délirants. En se coupant des aspects les plus accrocheurs de sa série et en commençant à écrire n’importe quoi, Tetsuo Hara détruit la dynamique qu’il avait réussi à créer avec Cyber Blue, manga accrocheur alors qu’il ne s’agit jamais que d’une copie de Hokuto no Ken dans un nouvel univers. Ce changement porte un coup fatal à ce manga jusque-là si plaisant, tant ce délire parait inepte.
La série s’achève par un beau gâchis, même si je ne regrette pas de l’avoir découverte en raison de ses deux excellents premiers volumes.