L'ombre du chien de Dorohedoro

J'y retrouve du Dorohedoro... Oui, on ne va pas se le cacher, ce manga va souffrir de la comparaison avec son grand frère, que j'avais adoré!

Alors, je m'attendais à très vite être embarquer dans un univers intéressant et original, comme l'avais fait avec brio l'œuvre précédente. Alors, dans un sens, ça partait plutôt mal. Mais étant un grand fan, j’ai voulu m’accrocher, et j’ai lu jusqu’au 8ᵉ tome de la série avant d’abandonner très franchement cette œuvre, en me promettant de ne jamais y retourner.

Revenons un instant sur les bases de cet univers. J’ai voulu me laisser embarquer par celui-ci et, ayant confiance en son autrice, je me suis dit qu’elle devait en avoir sacrément sous le capot pour nous étonner, comme elle avait pu le faire par le passé. Cette fois, on nous présente un univers spatial, ce qui sort carrément de ses habitudes, en y implémentant un côté morbide, avec des crânes un peu partout, pour garder ce ton sombre qu’elle a toujours eu… Et j’étais à la fois en terrain connu et face à une promesse assez inédite.


Il n’en fallait pas plus pour me séduire et donc me donner envi d'enchainer les tomes, le temps d'un week end au calme...


Les bases de l’univers sont posées très rapidement, et je les ai quand même trouvées plus proches de la blague que d’un socle solide. On va donc suivre les aventures d’un petit garçon dont les os pourraient, en théorie, exaucer tous les vœux. Il est accompagné de son sac à dos, puis viendront s’ajouter deux autres personnages très peu intéressants pour compléter son équipage... Nous avons Kenny de South Park (oui), et un mentor invincible, désabusé et désintéressé par toute situation.

Je crois que c’est au tome 4 que j’ai commencé à décrocher, parce que la mise en place de cette situation avait déjà été bien trop longue pour ne déboucher que sur ce mélange assez inintéressant, et bien trop simple pour nécessiter autant de temps à être installé.

J’étais quand même heureux de retrouver l’humour de l’autrice, il y a peut-être trois passages qui ont pu me faire sourire.

Cela dit, ça n’a pas suffi à maintenir mon envie de dévorer les pages…


Ce qu’il y avait de bien dans son œuvre précédente, c’est qu’elle était parvenue à nous intéresser à un univers avec ses lois, ses principes, en nous les distillant petit à petit au fil d’un mystère qui s’épaississait tout au long de l’aventure. Ici, on est devant des tartines de texte présentant des éléments d’univers très peu intéressants, et on comprend, au fil du temps, que beaucoup de choses ne sont qu’anecdotiques et ne serviront absolument pas le récit. Savoir qu’il y a une chaîne de magasins dans l’espace, qui fonctionne précisément de telle manière et peut se réapprovisionner en stock tous les je-ne-sais-plus-combien-de-temps, et avoir quelques recettes de cuisine fantastiques, ce n’est pas suffisant pour rendre un univers captivant!

Il faut que ce soit lié à ce que les personnages vivent, que ce soit un minimum au cœur de l’intrigue…

Alors, on est baladé d’anecdote en anecdote, avec des personnages surpuissants, capables de se réanimer très facilement, qui vont vivre des petites aventures à la recherche de leurs origines et de l’origine de l’univers…


C’est flou, et surtout trop peu engageant pour donner envie de continuer. Il a fallu quatre tomes pour mettre en place tous ces éléments et encore deux pour nous présenter un poil d’antagonisme… Clairement, je n’ai pas envie d’en savoir plus.

C’est vraiment dommage, puisque le style graphique, unique et puissant, on le retrouve, on voit bien que l’univers spatial est sale et organique, qu’il tente d’avoir des inspirations de Dune et Dead Space, avec un travail des textures et des ombres assez crasseux, qui faisait sens dans Dorohedoro mais qui me semble à peine répétitif ici.

Pire, je crois même que les chara designs, au-delà d’être bien trop simplistes, témoignent d’un niveau assez régressif par rapport à ce que nous avions eu par le passé (sachant que ce n’était vraiiiiment pas le fort de l’autrice). On va donc suivre les aventures de quatre taches noires dans des fonds vides, flous et crasseux… Non, même visuellement, il manque clairement quelque chose pour moi.


C’est vraiment dommage, puisque j’ai l’impression que l’ambiance et le ton, c’est quand même le fort de cette série. On y voit un mélange entre horreur et comédie noire, bien plus appuyé. Mais là où nous étions censés observer un personnage en cavale, et donc impliquer un peu plus le lecteur, on constate que les héros sont bien trop puissants pour tout ce qu’ils ont à affronter, que tout se règle bien trop vite, et que si tout cela n’est prétexte qu’à l’humour, alors autant y aller franchement et en faire beaucoup plus.

Les enjeux sont flous. Lorsqu’il y a un fil conducteur, j’ai l’impression qu’il est secondaire, voire éclaté. Et le plus agaçant dans cette histoire, c’est qu’en plus, l’avancée du récit est entrecoupée de longs passages sur le passé du héros. Un passé que je trouve terriblement inintéressant, puisqu’il raconte sa vie à l’école primaire, quand il se fait embêter par des enfants et qu’il tente d’apprendre un peu le monde et de s’éduquer à toutes ces cultures étranges…

Certainement les flashbacks qui m’ont le plus fait souffler du nez de toute l’histoire du flashback !

Rien que pour ça, j’ai fini par en avoir plein le dos de tout ce qui m’était servi ici.


J’aurais bien voulu me raccrocher à quelque chose, puisqu’il y a du mystère derrière ces personnages... Est-ce que les os du héros peuvent réellement exaucer tous les vœux ? Est-ce que sa personnification de la mort, qui le suit, est vraiment imbattable ? D’où vient-il ?

Et franchement, j’ai essayé de m’attacher à tout ça ! Mais bien que le protagoniste soit sympathique, j’estime que le développement des personnages et leurs motivations restent bien trop légers, et que les méchants ou antagonistes manquent cruellement de nuances, puisqu’ils semblent “vilains juste pour le pouvoir”…


En bref, plus que de le comparer à l’œuvre précédente, j’ai vraiment l’impression d’avoir affaire à une œuvre de débutant, comme si ça avait été écrit et dessiné dix ans avant Dorohedoro.

Plus que d'avoir détesté l'expérience, je ne comprend même pas pour qui est destinés cette oeuvre... Ni complètement une aventure, ni complètement comique, parfois dark, puis mignon, puis mystérieux et surtout des enjeux si faibles et flou que je me vois obligé d'abandonner!

En refermant Dai Dark, j’ai eu l’impression d’assister à la rémanence d’un éclat passé. Comme si Q Hayashida avait rallumé la flamme de Dorohedoro sans remarquer qu’il n’en restait plus que des braises. On retrouve sa folie, ses textures, son humour noir et sa chair distordue, mais tout semble flotter dans le vide, comme un écho qui peine à retrouver son origine. Il y a bien des moments d’étrangeté, de drôlerie ou d’inventivité, mais rien qui s’ancre durablement, rien qui brûle vraiment.


Une œuvre en errance, un vaisseau sans cap, porté par la nostalgie d’un monde qu’elle a déjà su bâtir et consumer. On sent toujours la main d’une grande artiste, mais cette fois, elle sculpte les ombres sans y insuffler la même vie. Rien n'émerveille et tout semble plus aléatoire que créatif... Quand ça n'est pas de l'amateurisme.

Alors on lit, on contemple, on sourit parfois… puis on s’éloigne, en se disant que certaines étoiles brillent davantage lorsqu’elles acceptent de s’éteindre.

KumaCreep
2
Écrit par

Créée

le 26 oct. 2025

Critique lue 69 fois

KumaCreep

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