Au premier abord je suis à la fois impressionné par le dessin de Lepage, et un peu déçu par le ton dans les interactions.
Évidemment le dessin est très impressionnant, personne ne dira le contraire. Bien que je pense que le style aquarelle-réaliste ne soit pas le plus pertinent pour raconter des histoires, puisqu'il revient à faire des scènes éthérées, flottantes, et avec moins de continuité d'avec les scènes connexes. Pour le dire autrement, on passe d'un tableau à un autre tableau, et pas d'une case à la suivante.
Et à mon avis, les représentations humaines prennent un coup à cause de ça. Ce sont toujours des discours très abstraits ou profonds, et je dois dire que si j'aime bien les réflexions profondes, je les préfère parcimonieuses et plus incarnées. Émergentes par abstraction et pas tout de suite abstraites.
Mais si j'ai eu ce malaise tout du long de ma lecture, il n'en est pas moins qu'au fil du temps il s'apaise, et que ce mode de narration passe plus pour une forme surnaturelle mais contrôlée de représentation. Et je pense que cette lecture m'a fait du bien, tout sceptique que j'étais.
En fait je suis surtout sceptique de cette alliance graphisme - narration, et je me dis que Lepage est tellement fort dans ce qu'il fait qu'il en devient prisonnier.
Du coup voilà, bilan mitigé, mais en soi cette BD est un petit plaisir à lire, et puisque je suis de bonne humeur, on va dire que ça fait 8/10.