Je ne m’étendrai pas outre mesure sur cette bande dessinée, d’autant qu’à la base, je ne suis guère adepte de fantasy — et peut-être plus encore de « dark » — et donc pas forcément le mieux placé pour en parler. Pourtant, j’apprécie de sortir parfois de ma zone de confort et découvrir des œuvres vers lesquelles je ne serai jamais allé naturellement. « Deathbringer » m’est tombé dans les mains un peu par hasard. J’avais trouvé le travail éditorial et la couverture attirants, et en feuilletant quelques pages, je me devais de reconnaître un certain talent chez ce dessinateur, un nouveau venu dans la bande dessinée puisque c’est son premier album, qui plus est en tant qu’auteur complet. Le dessin, bien qu’un peu académique à mon goût, est très bien exécuté, avec un noir et blanc qui renforce le côté gothique et beaucoup d’images très spectaculaires. Mais c’est surtout en lisant l’avis de Paco – avec qui je conserve sur BDT un taux d’affinité très élevé, que ma décision de le lire a été prise.
Je me suis donc plongé dans cette lecture avec une certaine fascination pour ce monde fantastique très sombre créé de toutes pièces, mais où l’on retrouve tous les codes du genre. Dans un grand chaudron, jetez un cadavre pourrissant en y versant une sauce de pseudo-médiéval bien épaisse, saupoudrez le tout d’une bonne dose d’ésotérisme, de références lovecraftiennes de sorcellerie nécromancienne, vous obtiendrez « Deathbringer ». En connaissance de cause, j’ai donc abandonné mes repères de lecteur les plus familiers pour pénétrer en terre inconnue, les chakras totalement ouverts. J’ai voulu m’accrocher pour essayer de mon convaincre que cette lecture en valait la peine. J’ai même noté le nom des personnages et leur rôle au fur et à mesure du récit, car il faut le dire, il y en a un certain nombre et j’ai eu parfois un peu de mal à les identifier.
Hélas, force est d’admettre que ma bonne volonté ne fut pas payante. Au fil du récit, le terrible constat s’imposait de lui-même : l’ennui pointait son nez et grandissait inéluctablement, jusqu’à l’overdose. Comme je me l’étais promis — fort heureusement ce n’est pas un si gros pavé et j’avais déjà parcouru la moitié du livre —, j’ai terminé le bouquin, mais en mode automatique, totalement détaché du dénouement et de ce qui pouvait arriver aux protagonistes. Et puis le scénario n’est tout de même pas si fluide…
J’ajouterai que je suis généralement rétif à ce type de graphisme testostéroné, spectaculaire et trash, par des auteurs un peu trop sûrs de leur talent (il est évident qu’Ismaël Legrand a passé des heures et des heures à peaufiner son style, et on ne peut être qu’impressionné), avec plus ou moins cette tendance à se prendre pour des démiurges en créant eux-mêmes une mythologie de toute pièce, et c’est peut-être aussi le genre qui veut ça. Encore faut-il que le scénario soit à la hauteur du dessin.
L’audace dont a fait preuve Legrand est bien sûr méritoire, et les amateurs y trouveront sans doute leur compte (et c’est déjà le cas ici), mais à l’évidence je ne suis pas la cible. J’avais pourtant adoré « Le Seigneur des anneaux » qui reste à ce jour le monument absolu en matière d’heroic fantasy, mais n’est pas Tolkien qui veut… Au final, ce que je craignais n’a fait que conforter mes opinions. Ce qui fait le plus défaut ici, c’est à mon humble avis un scénario de qualité.