Nous avons affaire ici à une bande dessinée qui surprend dès les premières pages, surtout quand on connaît Zep principalement pour Titeuf. Ici, on est à mille lieues de l’humour adolescent : le ton est plus adulte, plus grinçant, et parfois même dérangeant. Tout cela rend l’album particulièrement intéressant.


L’histoire suit un homme banal, presque transparent, pris dans la routine d’un quotidien sans relief. Travail, couple, société de consommation, frustrations personnelles : tout est décrit et dessiné de façon à l’écraser lentement. Zep dissèque la normalité avec précision, montrant comment de petites humiliations, des non-dits et des renoncements successifs peuvent mener à quelque chose de beaucoup plus sombre. Le titre prend alors tout son sens : c’est une lente découpe psychologique, tranche après tranche.


Ce qui fonctionne incroyablement bien, c’est la manière dont Zep installe les situations. Rien n’est excessif au départ, tout paraît crédible dans ce quotidien. Et c’est précisément cette banalité qui fait surgir le malaise. On se reconnaît parfois dans certaines situations, dans certains silences, dans cette fatigue morale qui s’accumule. Chapitre après chapitre (ou plutôt tranche après tranche), situation après situation, le lecteur peut s’identifier au personnage. On peut toutefois regretter que certaines situations ne soient pas davantage approfondies.


Le personnage principal est profondément humain, imparfait, parfois agaçant, parfois touchant. Les personnages secondaires ne sont pas là pour faire de la figuration : ils incarnent chacun une pression sociale, affective ou professionnelle. C’est caricatural, tout en sonnant juste. Cela rend l’ensemble cohérent et percutant.


Graphiquement, le dessin de Zep est sobre mais extrêmement expressif. On reconnaît clairement sa patte. Les visages, les regards, les silences entre deux cases racontent autant que les dialogues. Le découpage est maîtrisé et renforce les émotions que l’on ressent à la lecture.


Pour moi, ce n’est pas une lecture à prendre à la légère. Malgré le fait que les “tranches” s’enchaînent et que la lecture soit très fluide, il faut prendre son temps. C’est une œuvre qui demande de l’attention, qui peut mettre mal à l’aise, mais qui marque. Elle pose un regard lucide et parfois cruel sur la société, le couple, le travail et l’identité (masculine), sans jamais tomber dans le jugement facile.


Au final, c’est un album qui montre toute l’étendue du talent de Zep en dehors de ses sentiers habituels, et ça fait du bien.

Jicey
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le 17 janv. 2026

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Jicey

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