Pika continue à ouvrir ses portes aux jeunes mangakas japonais (ou français) et Shinsen Tokugawa est l’un d’entre eux. Dans son D.D.D. ou Devil Devised Departure, il décrit un monde très hiérarchisé, où les bidonvilles bordent les tours babyloniennes de l’aristocratie, et où la hiérarchie militaire est très présente, dans un monde en guerre.
Julius et Michael, deux frères originaires des bas fonds, tentent de pénétrer ce monde d’en haut, et quelle meilleure occasion que ce concours d’examen extraordinaire organisé par le royaume pour remplumer ses troupes, mises à rude épreuve sur le front ? Sauf que rien ne colle vraiment dans cet examen qui s’avère un moyen de transformer les jeunes recrues en monstres possédés par des démons. Ils deviennent des « devil devices » au service du royaume... Mais il n’est jamais bon d’avoir des démons dans son royaume.
Et dans ce domaine, Shinsen Tokugawa se réfère explicitement à un des maîtres du genre, HP Lovecraft, dont l’inspiration est sous-jacente dans ce manga. Tout d’abord avec l’évocation du Necronomicon, dès les première pages. Ensuite à travers le double statut du réel, où une dimension visible normale coexiste avec une dimension invisible et démoniaque.
Le ressort narratif principal réside dans le conflit entre les deux frères, l’un acquis aux forces du mal, l’autre resté indépendant, mais contaminé par un « device » qui a pris possession de sa main gauche (non sans humour), ce qui lui donne une force exceptionnelle. Un vrai scénario tragique, que l’on espère ne pas voir gâché dans les deux prochains volumes à paraître cet été.
D.D.D. - Devil Devised Departure, de Shinsen Tokugawa, éditions Pika, tome 1 paru en mai, 6,95 euros.