Amazing Ameziane présente "Don Coppola", une bande-dessinée retraçant la carrière du réalisateur américain, de ses débuts jusqu'aux années quatre-vingts.
Dans l'avant-propos, l'auteur nous raconte les prémisses de son intérêt pour le sujet. Il se remémore notamment cette anecdote où, enfant, ses parents regardait "le Parrain" et il tentait d'en apercevoir un bout malgré l'interdit familial, caché derrière un coin de table. Une anecdote qui pourrait paraître mignonne si elle n'était pas accompagnée d'une certaine touche d'aigreur, dès lors qu'Ameziane évoque au passage que "la famille du Parrain, c'est un peu ma famille".
Je trouve ça légèrement malsain de comparer sa famille à un dynastie de criminels fratricides. Cela peut apparaître comme un détail, mais cela permet de venir à ce qui m'a dérangé dans cette bande dessinée. Dès la couverture, le ton choisi m'a déplu : dépeindre Coppola en Don, non seulement c'est un peu facile, mais cela situe directement le travail d'Ameziane dans la sillage des oeuvres glamorisant les personnageset les figures du Nouvel Hollywood : généralement des hommes blancs violents, misogynes et antisociaux. Je n'adhère clairement pas à ce discours et au merchandising en résultant.
Amazing Ameziane choisit de retracer la carrière de Coppola à travers une mise en page recréant nombre de scènes mythiques de sa filmographie. Un effort certain est présent dans celle-ci. Néanmoins, le parallèle ne fonctionne pas toujours, le récit tendant parfois à suivre le fil rouge stéréotypé de l'oeuvre d'un artiste comme reflet égoïste de ses propres tourments.
Le personnage de Coppola alpague lui-même le lecteur pour raconter son histoire. Celle-ci est aisément résumable par un autre cliché : "envers et contre tous j'ai appuyé mes idées contre les producteurs et j'ai fait des films mythiques". L'insistance sur le caractère solitaire de son génie rend le personnage de Coppola assez détestable, toujours à regarder le lecteur d'un sourire narquois. J'ai été assez perplexe quant à cet apparent génie. Celui-ci m'a semblé traité d'une manière qui le rendait quelque peu... évidé. Bien qu'appréciant nombre de films de Coppola, à la suite de ma lecture je n'arrivais pas à situer, détacher des traits mettant en lumière la singularité de son regard. Je n'arrivais pas à venir retirer des éléments apportant de l'eau au moulin de mes questionnements sur le bonhomme. Par exemple, d'où venait sa persistance devant les échecs ? Que dire de l'omniprésence de certains thèmes dans sa filmographie ? Que cherche-t-il à dire, que représentent ses films pour lui ?
A mon sens, ces éléments auraient permis d'étoffer le propos, de donner une profondeur à Francis Ford Coppola. A la place, j'ai plutôt eu l'impression de me voir resservir le sempiternel discours de l'artiste incompris, seul contre tous, dont le talent est une sorte de mélange entre inspiration divine et travail acharné. De bonnes valeurs bien américaines en somme.
SI le fil rouge se constitue autour du parcours cinématographique de Coppolla, celui-ci est parfois bien décousu : de nombreuses anecdotes nous sont balancées de manière éparse. Les bonds chronologiques les accompagnant sont plus ou moins éloignés, et ces derniers sont entrecoupés de légères déviations concernant des personnages intervenant de manière tangentielle dans le parcours de Coppola. J'ai été à ce titre un peu déçu de constater que les "jeunes années" du réalisateur suivent quasiment à la phrase près la section correspondante de sa page Wikipedia en anglais. C'est néanmoins compréhensible si on prend en comote l'intérêt de l'auteur pour "l'anecdote" : on garde des éléments certes croustillants, au prix de développements qui auraient été intéressantes pour étoffer Coppola, comme sa propre parole par exemple.
Amazing Ameziane précise bien dans ses dernières pages que "Don Coppola" est avant tout une oeuvre de fiction, soumise au biais de son propre regard. Même de ce côté la sauce n'a pas prise pour moi : les légendes ne se constituent pas sur la base d'un simple récit. Elles sont la résultante de nombre de passions mélangées, qui en disent plus souvent sur les hommes les portant, plus que sur l'homme qu'elles concernent.