Je précise que j’écris cette critique après la lecture du tome 6 de ce manga. À ce jour, l’auteur travaille encore à la suite de son œuvre.
Après le désormais culte Innocent, Shin'ichi Sakamoto change de cadre, quittant le Paris du XVIIIᵉ siècle pour l’Angleterre victorienne, où il s’attelle à une interprétation très personnelle du célèbre Dracula de Bram Stoker.
Alors qu’on pourrait être quasiment écœuré par ce mythe largement essoré par ses trop nombreuses adaptations, #DRCL Midnight Children dynamite les codes tout en conservant l’essence même de l’œuvre originale.
Se permettant une liberté totale en réinventant l’intrigue à sa guise, le Mangaka transcende ainsi l’original pour en faire une œuvre résolument moderne. Véritable récit d’émancipation, il revient à la source même des thématiques de pulsions réprimées explorées par Bram Stoker. Cette toile de fond lui permet d’exprimer pleinement sa perversité tout en l’alliant à son engagement sociétal assumé (féminisme, lutte des classes, etc.).
Au niveau du dessin et de la mise en scène, on assiste à la quintessence du style brillantissime de Sakamoto. Il déploie sous nos yeux ébahis une ribambelle abracadabrantesque d’idées visuelles et narratives, fusionnant jusqu’au paroxysme la beauté et l’horreur dans un trait extrêmement fin et soigné.
#DRCL est l’inverse d’une adaptation fade et tiède. C’est sûrement l’œuvre la plus aboutie de son auteur. Elle laissera sans doute beaucoup de lecteurs sur le côté par sa radicalité et son audace. Mais pour ceux qui sauront se délester de leurs attentes, elle les embarquera dans un récit porteur de sens, à la créativité foisonnante et au style gothique inégalé.