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le 2 avr. 2020
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BD franco-belge de Alain T. Puyssegur et Grelin (2021)
Dans ma modeste balade parmi les pages de bandes dessinées qui ont pour terreau le jeu vidéo sous plusieurs formes, je n’avais pas encore jeté de regards curieux vers celles qui utilisent l’esport.
Pourquoi ? Parce que cela ne m’intéresse pas vraiment. L’esport regroupe les compétitions sportives et acharnées entre joueurs sur les jeux vidéo qui l’autorisent voire crées à ces fins. Un milieu devenu de plus en plus professionnel, où les plus grands tournois sont récompensés par des cash prises (récompenses) parfois stupéfiantes et retransmis en direct et suivis parfois par des millions de personnes. Les meilleurs joueurs sont adulés, parfois rachetés à prix d’or par des organisations concurrentes.
Une professionnalisation du jeu et qui n’empêche pas d’apprécier d’autres jeux ou de pratiquer ces compétitions en curieux, mais tout de même bien éloigné du jeu vidéo comme passion et comme pratique amateur rassembleuse, comme j’aime mon jeu vidéo.
Mais écartons le vieux con que je suis car l’esport représente aujourd’hui un phénomène de société, qui n’est plus de niche, et la bande-dessinée s’est déjà emparé du sujet en reprenant les différents jeux ou genres utilisés en tournois. Versus Fighting Story (Izu et Kalon, 4 tomes chez Glénat), Epic Lanes (Sophia Metz et Albert Carreres, 1 tome chez Hachette) ou le tome 8 de Louca (Bruno Dequier, chez Dupuis) habituellement autour du football mais ici déporté dans ce monde sont ainsi quelques exemples de créations francophones récentes dans cet univers. Il était donc temps d’offrir un peu de temps à la lecture de cette transposition du jeu vidéo professionnel en bande dessinée.
L’histoire est prise en charge par Alain T. Puysségur, écrivain, créateur de jeux de société, rédacteur de livres autour des univers de The Witcher et de Lovecraft, et bien sûr joueur. Elle suit le parcours de Matt, passionné de jeux vidéo et des tournois du jeu L.O.A.D., un garçon un peu trop timide, mal dans sa peau. Mais qui va pourtant avoir l’opportunité de rejoindre une équipe d’e-sportifs amateurs.
Le jeu proposé, L.O.A.D. est un MOBA, un jeu d’affrontements et de conquêtes de terrain, dont la principale référence est League Of Legends, sommité du jeu sportif et décliné en différents dérivés, dont l’excellente série Arcane sur Netflix, mais dont il était probablement impossible d’obtenir la licence. L’ouvrage ne prend d’ailleurs pas la peine d’expliquer les règles ou le vocabulaire employé, qui sont juste précisés sur les pages de couverture intérieurs pour les « noobs ». Les personnages d’EVO sont déjà de ce milieu, c’est au lecteur de les suivre.
La retranscription de ce MOBA n’est pas si importante, on le voit à peine sur les pages, il aurait d’ailleurs été bien difficile d’émuler la frénésie de ce genre de jeu. Il reste malgré tout important, c’est lui l’enjeu, mais l’ouvrage se concentre avant tout sur Matt et ses coéquipiers, de leurs relations sociales à leurs questionnements et leurs entraînements pour acquérir la victoire.
L’auteur connaît son sujet, et évite les clichés et les caricatures attendues. Il n’a rien d’une attaque en charge contre ce milieu, bien au contraire, mais ne vise pas non plus l’angélisme. Si le ton est bienveillant, et que ses coéquipiers peuvent aider Matt, celui-ci s’investit tellement trop qu’il en fait souffrir sa santé et ses résultats scolaires. EVO, une histoire de gamers rappelle ainsi que l’investissement qu’on accorde à n’importe quelle activité ne se fait pas sans les barrières nécessaires.
La BD d’Alain T. Puysségur et de Grelin accorde ainsi une grande place à ses personnages, leur donnant un peu de corps et de personnalité, offrant même un développement personnel et bienvenu à Matt. L’autre grande figure de la bande dessinée c’est Jink, la capitaine de l’équipe, pas vraiment tendre avec le petit nouveau, en lien peut-être avec le secret qu’elle dissimule tant bien que mal.
Est-ce à cause de son expérience avec Boufbowl ou MarbleGens Origines, deux séries autour de tournois et d’affrontements entre participants, que Grelin a été choisi ? L’auteur propose depuis ses débuts un trait fin aux inspirations entre le manga et le dessin animé, dont la digestion la plus visible est ici dans les expressions de ses personnages, à qui il offre la petite étincelle de vie nécessaire. Si EVO n’a pas la frénésie des deux séries citées plus haut, il offre tout de même un découpage assez rapide, qui ne laisse jamais la bédé s’appesantir trop longtemps. Le public cible est adolescent, et il faut l’entraîner dans le déroulé de l’histoire. En dépit de couleurs parfois trop noyées dans certaines cases, ce tome reste tout de même visuellement attractif, pour les plus jeunes ou les plus grands.
Si Grelin offre une stylisation qui parlera avant tout aux adolescents, son trait est avant tout à l’aise dans la transposition du quotidien, qui trouve sa place au sein de cette série entre la tranche de vie et la quête initiatique. Si les initiés du MOBA pourront goûter aux stratégies évoquées ou au vocabulaire employé, la bande dessinée ne leur est pas réservée, bien au contraire. Les amateurs de jeux vidéo apprécieront cette vision du jeu vidéo sans clichés ou sans racolages trop expressifs pour faire sortir le porte-monnaie du joueur ou de l’esportif. EVO, une histoire de gamers propose donc de nombreuses qualités malgré un certain classicisme dans la structure globale et arrive à proposer cette incarnation de vie qui nous permet de suivre avec une certaine curiosité la quête de Matt, avec ses faux pas et ses fausses certitudes.
Si l’histoire est complète, les deux dernières cases évoquent une potentielle piste pour le futur, mais aucune tome 2 n’a encore été évoqué.
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Créée
le 11 nov. 2025
Critique lue 7 fois
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