Je continue à explorer certains titres de la collection Marvel Poche, j'ai ainsi pu lire Facteurs aléatoires, la suite directe du run de Mark Waid, signée Straczynski au scénario et McKone au dessin.
Les 4 Fantastiques y sont confrontés à une question simple mais vertigineuse :
Pourquoi chacun d’eux a-t-il développé un pouvoir différent, alors qu’ils ont tous été exposés à la même chose ?
C’est une scientifique de l’armée qui pose cette question. L’armée recrute Reed Richards pour tenter de reproduire les conditions exactes de l’“accident” qui a créé les FF afin de fabriquer de nouveaux super-humains.
En parallèle, leur vie privée est secouée : les services sociaux viennent évaluer leur aptitude à élever leurs enfants (ce qui donne de bons moments avec Sue), Ben devient soudain millionnaire (ce qui le réjouit), et Johnny... reste fidèle à lui-même.
Le récit alterne entre cosmique (origine des pouvoirs, de l’univers, etc.), quotidien (famille, bureaucratie, identité) et introspectif.
C’est plutôt bien équilibré.
Mais malgré tout ça, l’histoire laisse un goût étrange.
D’abord, Reed Richards !qui est le personnage qu'on suis le plus) n’est finalement pas très actif :
-la fameuse question ne vient pas de lui, et il n’y apporte aucune réponse. C’est une entité cosmique qui la résout.
- Dans le récit reed est surtout là pour observer, être le temoin et servir l'entitée dans sa quête finale. Pas de grande démonstration de génie scientifique.
Mais son vrai rôle est ailleurs : à la fin il évolue intérieurement. Il comprend que vouloir tout expliquer ne mène à rien s’il passe à côté de l’essentiel : les instants avec sa famille, la valeur du cœur, de l’instant présent. C’est très bie.
Certains passages sont assez maladroits comme le décollage précipité de Reed et Sue vers la tempête cosmique, en pleine conscience qu’ils pourraient mourir, se fait sans réelle inquiétude pour leurs enfants. Narrativement ça m’a semblé complètement incohérent.
Il y a aussi des phrases coupées en plein milieu pour créer du suspens, pour faire trainer en longueur les revelations, à la longue c’est plus agaçant qu’efficace. Et la VF, à certains moments, semble rendre certaines répliques un peu confuses (ou alors c’est moi).
L’humour est également inégal. Par exemple, une scène au cours de laquelle plusieurs nounous veulent être payées double en voyant Ben Grimm... alors qu’on peut supposer qu’elles savent très bien qui est ben et qu'il allait être présent lors de la garde des enfants. C’est un gag un peu “facile” qui casse un peu le ton.
Les ellipses narratives sont mal gérées. Le peuple de l’entité cosmique la retrouve en plein New York en quelques minutes après son arrivée sur Terre… mais, juste après, l’Entité se téléporte ailleurs sur la planète avec les FF et affirme que ses poursuivants vont mettre du temps à la retrouver. C’est incohérent, et ça donne l’impression que l’auteur triche avec le rythme.
Même les dialogues de l’Entité manquent parfois de clarté. À un moment, elle dit qu’elle “doit survivre”, puis quelques cases plus loin qu’“il vaut mieux en finir”… L’idée générale passe, mais ce n’est pas très fluide.
Visuellement, McKone fait bien le boulot : c’est lisible, clair, dynamique. Les scènes d’action sont bien rythmées, et les personnages expressifs. C’est une lecture agréable.
Bref, Facteurs aléatoires propose une très bonne idée de départ, une ambiance intéressante entre SF et tracas familiaux, une remise en question originale des origines des FF.
Mais l’ensemble est moins marquant que prévu, souffre d’un Reed trop passif, de quelques incohérences, et d’un manque d’émotion..