Feeding Ghost est la seule bande dessinée à avoir obtenu le prix Pulitzer depuis Maus. Alors, lorsque j’ai eu l’occasion de la lire, je n’ai pas pu m’en empêcher… mais j’étais loin d’imaginer que j’allais me perdre dans une œuvre immense, comme si je m’étais lancé dans une aventure très exigeante, mais dont le voyage en valait largement la peine !
Tessa Hulls, notre autrice sino-américaine, plonge dans l’histoire de la Chine et de sa famille afin de tenter de comprendre pourquoi sa relation avec sa mère a toujours été complexe, et comment la folie de sa grand-mère a eu des répercussions sur trois générations.
Ce postulat de départ paraît simple, voire assez classique en apparence, mais il permet de plonger dans l’histoire d’un pays que je connaissais très peu et dont le passé est marqué par de nombreuses catastrophes ainsi que par de profonds bouleversements politiques et sociaux. En prenant pour point de départ l’histoire de son pays et de ses racines, l’autrice peut ensuite analyser, presque comme une sociologue, son rapport à la famille et la manière dont les différences culturelles entre la mère et la fille ont creusé des fossés immenses, marqués par un amour étouffant et une peur de la folie.
Dire que l’autrice a fait un bon travail de recherche est un doux euphémisme : son travail est colossal et impressionnant ! Ses recherches sur la Chine, sa famille et son rapport au monde en tant que Sino-Américaine lui permettent de proposer une œuvre à la frontière entre l’autobiographie, la bande dessinée historique et la sociologie. J’ai appris tellement de choses sur tous ces aspects que la lecture de cette œuvre m’a pris beaucoup de temps : je voulais m’imprégner de toutes ces connaissances, mais aussi prendre le temps d’apprécier la beauté graphique de Feeding Ghost !
Parce qu’on ne peut pas donner son avis sur cette œuvre sans parler de la beauté des dessins de Tessa Hulls ! Entièrement en noir et blanc, le style de l’autrice est tout bonnement sublime et impressionnant. Chaque page nous plonge dans un univers à part entière, et cela est en grande partie possible grâce à son talent. Le travail sur la forme des cases, qui se mêlent aux personnages, est lui aussi remarquable et unique en son genre ! Même si les dessins peuvent être très déroutants au début, on s’y habitue assez rapidement. Et dès que l’on referme Feeding Ghost, on a envie d’y replonger afin de retrouver cet univers si intéressant et riche.
Feeding Ghost est une œuvre comme on en lit peu : à la frontière entre plusieurs genres, cette bande dessinée que l’on ouvre sans savoir exactement ce que l’on va y trouver, mais que l’on referme avec l’impression d’avoir lu une grande histoire !