Frankenstein, David Sala, Casterman
David Sala adapte le roman de Mary Shelley, l’histoire du professeur Frankenstein qui rêve de l’impossible et y parviendra : créer un être humain. Mais à peine son œuvre respire que le professeur prend peur et s’enfuit, la laissant seule sans connaissance du monde, de ses codes et de la peur que sa stature et son apparence inspirent.
Je ne connais pas le roman de Mary Shelley que je m’étais promis de lire mais promesse non encore tenue. L’adaptation de David Sala est moderne puissamment onirique et incroyablement colorée. On passe de pages aux couleurs fluo, une végétation luxuriante, des troncs d’arbres jaunes, rouges, des cases très chargées à d’autres d’une sobriété glaçante aux couleurs froides, des paysages verts ou bleus, vides et un superbe usage du violet. Et se meuvent dans ce décor deux êtres tourmentés, le professeur et sa création. L’un souffrant de culpabilité d’avoir engendré un tel monstre, se questionnant sur la création, la science et ses limites qu’il a allègrement franchies. Et l’autre se heurtant à l’hostilité, au rejet, à la peur qu’il génère parce qu’il est différent. Des thèmes toujours –et de plus en plus- présents dans la société où il fait de moins en moins bon être différent, penser différent, agir différent. Des thèmes qui font écho aux préoccupations –voire obsessions pour certains- actuelles, telles l’immigration et l’accueil des gens en grande difficultés dans leurs pays d’origine.
Difficile de ne pas succomber à l’attrait de cet album, à son dessin dans lequel, j’ai cru voir des références à Gustav Klimt et j’ai pu en rater d’autres (je me demande s’il n’y a pas un peu de Van Gogh dans la chambre d’étudiant de Frankenstein), à ses grandes pages très colorées et dialoguées, à d’autres plus sobres et muettes mais pas pour autant silencieuses. Un ouvrage à lire et relire pour y découvrir à chaque fois des détails, de toutes façons inoubliable et marquant.