Free Fight, c’est un peu le reflet d’une époque où le manga de baston brut de décoffrage avait encore toute sa place dans les rayons, sans se poser trop de questions.
À l’époque de ça parution en France, je l’avais beaucoup apprécié pour ce qu’il me donnait sans fioriture. à savoir, des combats intenses, des corps mis à mal et une mise en scène hyper dynamique. Honnêtement, même aujourd’hui, on ne peut pas lui retirer son efficacité dans l’action pure. Tetsuya Saruwatari a un vrai talent pour figer l’explosion d’un coup de poing sur le papier, avec ces poses quasi iconiques qui rendent chaque duel viscéral.
Mais avec un peu de recul et une lecture plus critique, Free Fight me paraît aussi terriblement limité dans ce qu’il propose. C’est un manga qui s’adresse avant tout aux passionnés de MMA, de sueur, de muscles et de volonté indomptable. Et là-dessus, il remplit parfaitement son contrat. Mais si l’on cherche un peu plus de finesse, que ce soit dans la psychologie des personnages, la narration ou même dans la progression dramatique...
On se heurte vite à ses limites.
C'est donc pour moi impossible de passer la quinzaine de tomes sans en avoir plus qu'assez!
Les personnages sont souvent réduits à une ou deux idées, un trauma ou un objectif à la Dragon Ball... Devenir plus fort, battre untel, honorer une promesse. Ce n’est pas forcément un défaut dans un manga de combat, mais ici, ça manque cruellement de nuance et de subtilité.
À force de glorifier la force brute et les idéaux virils poussés à l’extrême, on en vient parfois à trouver tout ça un peu trop premier degré, un peu trop caricatural. L’intensité devient presque mécanique à force d’être martelée sans contrepoint.
Et puis il y a cette narration hachée, parfois confuse, avec des ellipses qui ne fonctionnent pas toujours et une mise en scène qui, malgré son talent brut sur les affrontements, ne cherche jamais à varier. Ça cogne, ça saigne, ça se relève, et on recommence. C’est grisant un temps, mais c’est aussi ce qui rend le tout assez répétitif sur la longueur.
Je ne renie pas l’impact que Free Fight a pu avoir sur moi à sa découverte, il y a des combats qui m’avaient marqué durablement, des moments où le corps devient presque chorégraphie. Mais aujourd’hui, je le lis avec un regard plus distant, conscient de ses forces mais aussi de ses lourdeurs. C’est un manga qui transpire la passion du combat, mais qui aurait gagné à insuffler un peu plus de subtilité dans son souffle guerrier.
Les prises et autre doubles pages fonctionnent toujours aussi bien, mais je reste pas mal sur ma faim lors de certains affrontements. Les coups de poings peuvent aussi paraitres faiblards, étouffés sous ces traits bien trop présents et englobant les formes.
Un bon souvenir, un peu figé dans son temps, qu’on peut encore savourer si l’on sait à quoi s’attendre. Mais à mes yeux, il n’a pas aussi bien vieilli que certains de ses contemporains plus nuancés.
J'ai appris qu'il s'agit de la suite d'un manga assez culte, du nom de "Tough". J'avoue qu'après ma redécouverte, je me passerai de lire les débuts.