FRONTIER, Guillaume Singelin. Label 619. 2023.
Si l’agence spatiale européenne annonçait récemment qu’un astéroïde allait frôler la terre, en revanche celui lâché par Guillaume Singelin nous a bel et bien percutés. Et ce, pour le plus grand bonheur des fans, pour qui la simple évocation du chiffre 619, suffit à embraser des constellations au fond des yeux…
Mais « Frontier » ça parle de quoi ?
Pour faire court, tout simplement d’humanité…
« Frontier » est en quelque sorte la face lumineuse de « Carbone et silicium », une odyssée où les relations dominent et sont le cœur même du récit. Une histoire teintée de SF, de conquête spatiale et de destinées qui s’entremêlent. Une aventure humaine, une réflexion sur la place et le rôle de chacun face aux préoccupations écologiques, aux expérimentations médicales, au monopole des grandes compagnies.
Comme pour PTSD, Guillaume Singelin traite avec un soin méticuleux ses personnages et ses décors. On retrouve son dessin si facilement identifiable au crayonné manga. Ses héros aux visages enfantins et aux corps boudinés. L’influence de la culture asiatique transpire au travers de certains décors, de l’alimentation aux codes vestimentaires. L’auteur donne corps et âme à sa station spatiale et aux ouvriers des chantiers, dans un ensemble vibrant qui foisonne de détails au milieu d’un enchevêtrement de câbles, de gaines, de dispositifs de ventilation ou d’une multitude d’écrans. Le linge étendu rappelle combien les moindres recoins grouillent de vie. Son découpage offre des angles de vue intéressants qui apportent relief et profondeur.
« Frontier » lorgne sans surprise sur les récits du genre, avec quelques scènes d’action sur lesquelles plane l’ombre de« Gravity », ou des passages qui empruntent à des œuvres majeures du cinéma mais suit pourtant sa propre trajectoire.
Les extérieurs et les vaisseaux sont magnifiques et le travail sur la colorisation l’est tout autant. L’auteur livre de belles planches aux paysages variés qui vont des rizières en terrasses baignées de lumière, aux sols minéraux et lunaires bordés de canyons vertigineux.
À l’instar de PSTD, l’attention apportée aux personnages nous immerge dans l’histoire et lui confère une véritable charge émotionnelle. Le récit puise sa force des relations qui unissent son trio de tête et dans lequel la gente féminine occupe une place d’honneur.
Guillaume Singelin signe une œuvre généreuse et touchante, peut être habitée de naïveté et de candeur mais qui rappelle que l’espoir et la solidarité restent de mise pour la survie de l’humanité.
« Frontier » est un gros coup de cœur en ce début de printemps 2023 qu’il vous faut découvrir absolument !