Dans Frontier, Guillaume Singelin nous catapulte en plein Far West spatial, un univers où les pionniers troquent leurs chevaux contre des vaisseaux cabossés et où l’espace infini ressemble plus à une zone de galère qu’à une promesse d’avenir radieux. Bienvenue dans le futur, mais sans garantie ni service après-vente.
Ici, pas de héros en armure rutilante ni de grandes prophéties galactiques. On suit des explorateurs fatigués, des mécanos du vide, des survivants qui bricolent leur quotidien avec plus de chances de crever d’un accident industriel que d’une attaque alien. C’est du slice-of-life SF, du vécu, du poisseux, du crédible. Le rêve de la conquête spatiale ? Oui, mais avec une assurance vie hors de prix et un moral qui oscille entre espoir et résignation.
Graphiquement, Singelin nous en met plein les rétines. Son style ultra-dynamique, détaillé à l’extrême, nous plonge dans un monde grouillant de vie, de rouille et de fumée. Chaque case est une explosion d’énergie, entre designs de vaisseaux improbables et combinaisons spatiales dignes des meilleures productions cyberpunk. C’est un univers ultra-créatif, mais qui ne tombe jamais dans la surenchère gratuite. On sent la sueur sous les scaphandres, l’odeur de l’huile de moteur, le poids de la solitude.
Là où Frontier brille, c’est dans son atmosphère : cette sensation de liberté immense qui cache en fait une précarité totale. On est loin des épopées héroïques façon Star Wars : ici, c’est la débrouille, la vraie, avec des personnages qui vivent au jour le jour, conscients qu’ils ne sont que des grains de poussière dans l’infinité du cosmos.
Bref, Frontier, c’est du space opera en mode prolétaire, une BD qui vous donne envie de sauter dans un vaisseau… tout en vous rappelant que l’espace, c’est surtout un endroit où personne ne viendra vous sauver si vous tombez en rade.