C'était un père distant qui lui faisait peur, petite. Une présence sombre et malfaisante, prompte à s'emporter contre sa mère. Les échos de leurs disputes s'envolaient jusqu'à sa chambre au premier étage. Par de petites touches, elle apprit à le connaître. Par la littérature anglaise, d'abord, au cours des études. En passant un an dans la classe où il enseignait. Sans hausser les sourcils, d'un ton égal, l'affection s'exprimait. Puis en révélant le secret de polichinelle : son homosexualité. À laquelle répond la sienne.
Après C'est toi ma Maman, autre portrait en miroir d'une relation parentale. Alison Bechdel vaut bien plus que le test auquel on la revoit sans cesse depuis une pauvre planche de Comic Strip dessinée dans les années 80. D'ailleurs sa BD ne passerait peut-être même pas le test : l'homme absent y est au cœur de toutes les pensées, de tous les questionnements. Chaque vie est suspendue à la sienne quand lui ne vit que pour s'enfuir. Sous l'égide de Joyce, inspirée par Colette, elle distille son amour dans cet hommage post-mortem.