Furari
6.7
Furari

Manga de Jirō Taniguchi (2012)

La liberté de marcher où bon nous semble

La lecture de "Furari" chronique paresseuse d'un arpentage systématique de l'ancienne capitale du Japon, Edo (qui devint Tokyo par la suite), pourra séduire profondément les uns et irriter les autres, tant ses qualités et ses défauts sont intrinsèquement liés, voire confondus. Une lecture superficielle de ces 200 pages, contenant ça et là des dessins magistraux de Taniguchi, donnera le sentiment d'un récit délétère, éparpillé, voire fantaisiste, les pas de l'arpenteur à la retraite l'amenant à croiser des animaux auxquels il s'identifie un instant (aidé en cela par un peu de saké, il faut bien le reconnaître !). C'est pourtant dans cette légèreté - qui dialogue avec la poésie traditionnelle japonaise, mais aussi sans doute avec l'art des estampes - que se niche la beauté la plus précieuse de "Furari" : l'opportunité pour le lecteur de ressentir un émerveillement soudain au détour d'une case plus fine encore ou d'un dialogue charmant (moments délicieux de tête à tête d'un couple à la tendre complicité...). Taniguchi ne raconte rien - le grand défi du voyage à Ezochi étant repoussé à un éventuel autre livre (existe-t-il ?) - et n'a même pas grand chose à nous dire à nous, non Japonais, qui ne pouvons sans doute pas apprécier à sa juste mesure le travail minutieux de reconstitution des us et coutumes de l'époque Edo (avec pas mal d'emphase sur la nourriture et la boisson, on reconnaît bien là Taniguchi !). Alors pourquoi a-t-on régulièrement la gorge serrée, les larmes qui viennent aux yeux en tournant ces pages ? N'est-ce pas là l'effet d'une mélancolie véritablement magique qui se dégage de la description patiente - par un véritable artiste - de moments que nous n'avons pas vécus, mais qui résonnent pourtant profondément en nous ? [Critique écrite en 2016]

Eric-Jubilado
7
Écrit par

Créée

le 20 août 2016

Critique lue 194 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 194 fois

2

D'autres avis sur Furari

Furari

Furari

7

EmmanuelLorenzi

247 critiques

Eloge de la lenteur

Découvrir un nouveau Taniguchi, c’est un peu comme prendre place à la table d’un grand chef, on sait que le repas sera réussi, mais l’on attend avec impatience de découvrir les saveurs et les...

le 8 nov. 2012

Furari

Furari

7

zardoz6704

2433 critiques

Contemplatif

Voici une BD de Taniguchi qui ne demande pas énormément d'attention, contrairement à une série comme "Au temps de Botchan", où le contexte politique est très détaillé. Ici, on se situe dans l'ère...

le 24 févr. 2013

Furari

Furari

6

ifhan

149 critiques

Critique de Furari par ifhan

Dans la lignée de l'Homme qui marche, un Taniguchi très (trop ?) contemplatif. Le trait est toujours aussi agréable à l'oeil mais le manque de personnages (surtout dans le premier tiers de...

le 3 nov. 2012

Du même critique

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6807 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6807 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6807 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020