Théa Rojzman et Sandrine Revel s'attaquent à l'un des sujets les plus tabous de notre société : les violences sexuelles commises sur les enfants, et plus particulièrement l'inceste. Un drame qui occupe toutes les unes des actualités à l'heure où j'écris ces lignes, et malheureusement une énième affaire médiatique violente avec des politiques qui se renvoient bêtement la balle...
Dès les premières pages de Grand silence, on comprend qu'il ne s'agit pas seulement de raconter une histoire, mais de mettre en lumière un système fondé sur le silence, le déni. Pourtant, sans partir sur une représentation réaliste, les autrices choisissent la voie de la métaphore et du symbolisme. Ce décalage permet d'aborder l'horreur sans jamais tomber dans le voyeurisme et le récit conserve ainsi une forme propice aux émotions.
Les couleurs jouent par ailleurs un rôle essentiel dans la narration : le rouge, le bleu, le violet deviennent de véritables langages émotionnels qui traduisent les rapports de domination, les traumatismes et la transmission de la violence.
J'ai également été sensible à l'équilibre que l'ouvrage parvient à maintenir entre dénonciation et espoir. Grand Silence ne se contente pas de montrer la souffrance des victimes ; il interroge les mécanismes sociaux qui permettent aux violences de perdurer, tout en soulignant l'importance de la parole. La postface, riche en informations, prolonge utilement la lecture et rappelle que cette réalité concerne toute la société.