Green Witch Village est un album apparu récemment dans les rayons de librairie. Il est le fruit de la collaboration du légendaire et talentueux scénariste Lewis Trondheim avec le dessinateur Franck Biancarelli. La couverture présente une énigmatique sorcière à la chevelure rousse coiffée d’un iconique chapeau pointu. Elle se trouve au beau milieu d’une grande artère qu’on suppose appartenir au New York des années cinquante. Au second plan, deux hommes et deux femmes auxquels elle ne semble pas étrangère traversent la rue. Les feuilles mortes portées par le vent et les tons orangers du ciel et des bâtiments donnent une atmosphère automnale et pas désagréable à l’ensemble.
Tabatha est allongée sur le sol d’un appartement. La jeune femme semble avoir fait un malaise et ses amies agenouillées à ses côtés s’inquiètent de savoir ce qui lui est arrivé. Mais la jeune femme ne se souvient de rien même pas de l’identité de ses colocataires surprises par la situation. Et que dire de sa réaction en jetant un coup d’œil par la fenêtre : « Attendez, ils tournent un film d’époque ou c’est une caméra cachée ? »
L’entrée dans l’intrigue est des plus rapides. Dès la première page, la présence anachronique de Tabatha est évidente. Rapidement, le scénario s’enrichit d’une jolie galerie de personnages secondaires faisant ainsi naitre de nouveaux enjeux qui alimentent la densité de l’ensemble. On devine également très vite que Tabatha va être un engrenage de la grande Histoire qui est en train de s’écrire. La narration s’appuie sur des dialogues efficaces qui permettent l’épanouissement de la dimension sociale et politique du propos. De plus, l’intrigue est sublimée par la présence d’une héroïne de caractère immédiatement sympathique. Néanmoins, toutes ces jolies pistes ne nous éloignent jamais du fil conducteur initial : pourquoi ce voyage dans le temps ?
Les auteurs ont choisi de donner un ton « comics » à la narration. C’est un joli choix qui s’accorde parfaitement avec la trame de l’album. Cela colle également avec l’ambiance 50’s de New York. En effet, le travail sur l’architecture des décors permet une belle immersion dans l’époque et dans les lieux. Dans la même logique, l’écriture des personnages est réussie tant sur le plan graphique que sur le plan de la personnalité. L’ensemble est également mis en valeur par le travail sur les couleurs.
Cet album s’adresse à un public large. Néanmoins, je pense qu’il plaira davantage aux adultes qu’aux plus jeunes du fait de son ton et de la nature de son propos. Il s’avère assez original par son ambiance et sa structure. De plus, son côté « comics » à la française participe à la sympathie de l’ensemble. Les personnages qu’ils soient centraux ou plus périphériques s’avèrent tous intéressants et alimentent à la curiosité éveillée par la lecture. Le choix des enjeux narratifs est également habilement choisi : pourquoi ce voyage dans le temps ? quel est l’événement géopolitique qui est en jeu ? Néanmoins, malgré toutes ces qualités, je suis resté assez spectateur du déroulé de la trame. Même si je tiens à féliciter le dessinateur pour la qualité de ses planches, son style m’a empêché de pleinement m’immerger dans l’univers de l’album. De plus, même si j’ai apprécié de découvrir cette dimension « comics » qui m’est peu familière, je dois bien avouer que cette lecture a confirmé qu’il ne s’agit pas du style qui me touche le plus. Mais cela ne reste qu’une question de goût et n’apporte aucun bémol à la qualité de l’ensemble.
Au final, Green Witch Village s’avère être une proposition intéressante. Il nous plonge dans un univers dépaysant autant dans les lieux que dans l’époque. Il offre un ton original à une trame dense plutôt classique dans sa structure. Il s’agit donc d’une agréable lecture qui enrichit encore la bibliographie de Lewis Trondheim. De plus, cette découverte à être l’occasion de découvrir et d’apprécier le travail de Franck Biancarelli dont je guetterai avec curiosité les prochaines productions.