Shuzo Oshimi fait partie de ces (trop rares) mangaka au style unique et à la démarche reconnaissable parmi tant d'autres. À la façon d'autres artistes contemporains comme Inio Asano ou Keigo Shinzo, ses mangas se révèlent être davantage que des récits : ils sont aussi des champs d'expérimentation graphique.
Happiness, qui succède à ses précédentes créations que sont Dans l'intimité de Marie et Les Fleurs du Mal, se révèlent être sa plus riche visuellement parlant, tout en lorgnant sur le fantastique de façon plus prononcée. Les inspirations graphiques sont ici légion, d'une nuit étoilé Van Goghienne à des visages crispés d'effroi digne d'un certain pape peint par Francis Bacon. La recherche graphique explore aussi la frontière des visions entre vampire et humains au travers de double et pleine page purement fascinante.
Derrière un récit de vampire somme toute traditionnel, Oshimi offre une incursion onirique et critique sur l'adolescence, ses travers familiaux, et ce que l'attrait du fantastique peut apporter à des jeunes en perte de repères. Chaque volume se dévore à vitesse grand V, et la fin se révèle aussi intense et démesurée que je l'espérais de la part d'un grand génie comme Oshimi.