Je cherchais une œuvre sans prise de tête, un truc simple avec un peu d'action qui se lit vite sur plusieurs tomes. C'est vrai que dans le monde du manga, ce genre de prétendant est assez rare par rapport à la BD et je m’étais déjà essayé à celui-ci il y a quelques années... Les couvertures et le titre m’avaient intrigué, mais après trois tomes, je n’étais pas tombé sous le charme de ce personnage un peu perdu au milieu d'un monde zombifié.
J’avais laissé ça de côté sans plus m’y attarder. Mais là, j’ai eu envie de lui redonner sa chance. Quand on voit qu'une série va jusqu'à 22 tomes, c'est qu'il y a un public et une véritable épopée derrière et il ne m'en fallait pas plus pour avoir envie de m'y intéresser à nouveau.
Les débuts ont été assez abrupts.
Retrouver ce personnage principal et cette manière de raconter l'histoire très particulière a été un certain frein.
On alterne entre des pages de vide, avec des images sans bulles ni dialogues, et soudainement des grands monologues un peu ridicules qui sont là pour insister sur la psyché et les petites obsessions du héros. Pour expliquer simplement, c'est un dessinateur de manga qui semble avoir raté ses rêves... Il dessine une série qu’il n’aime pas pour quelqu’un d’autre et semble n’être écouté par personne. Du coup, il part souvent dans des monologues en espérant avoir un public pour écouter et débattre avec lui de sa vision du monde. En parallèle, il a une petite copine qui semble encore penser et parler à son ex, donc il vit en permanence dans un entre-deux entre la satisfaction et la déception. Il a un job passionnant mais pas autant qu’il l’aurait voulu, il a une copine mais pas complètement.
C’est dans ce contexte que son monde est chamboulé par le virus.
Le premier problème pour moi, c’est que le premier tome sert d’introduction à l’introduction.
Nous faire partir à l'aventure seulement après trois tomes, c'est un peu fort. On sent qu'on s'embarque dans une histoire horrifique sans être bien sûr, avant de comprendre qu'il s'agit de sortes de zombies modifiés, ce qui fait d'ailleurs l'originalité de l'œuvre. Une fois l'aventure lancée, j'ai enchaîné les tomes de manière très fluide, un peu comme pour Gantz.
L’histoire navigue entre trois groupes... Celui du héros et des deux personnages qui viennent le rejoindre, un deuxième groupe qui s’agglutine autour d’un antagoniste et enfin un troisième groupe dissident au deuxième. Ça permet de varier les plaisirs et de comprendre que ces trois groupes ont des forces particulières pour survivre, surtout que ce virus zombie est régi par des règles singulières et originales. Ça suffit à en faire un divertissement respectable, au point que j’ose le comparer au monument Walking Dead. Le but est simple, survivre à un problème fantastique avec ses propres variantes.
Mais attention, ma lecture n'a pas été un long fleuve tranquille. Ce divertissement ne reste qu'un divertissement. Quand je consomme un produit culturel, je m'attends à un propos, à aller plus loin, surtout avec un personnage à la psyché si particulière. Malheureusement, j’ai l’impression qu'il n’est pas très bien traité, ça aurait pu être n'importe qui d'autre et je ne suis pas convaincu. Et puis, "japonaiserie" oblige, il y a une propension au sexe qui peut me gêner et être assez malaisante. On est dans la survie, c'est dur, mais les interactions avec les femmes me semblent presque toujours dérangeantes. Il y a ce moment où une petite lycéenne sert d'appât à deux hommes pour rentrer dans une base en se disant que "c'est une lycéenne, ça va plaire".
On parle de sexe assez crûment et ça me semble particulier. Plus jeune, je m'en foutais, mais aujourd'hui ça m'emmerde. Si on compare à Walking Dead, qui est bien moins rude et moins centré sur le sexe à ce sujet, on voit qu'il y a un problème dans la culture japonaise.
Il y a aussi le problème du rythme. Parfois l'histoire stagne avec trop de plans contemplatifs pour pas grand-chose, et parfois elle accélère d'un coup, on court et on s'en sort un peu n'importe comment par les joies du scénario. À certains moments, j'ai senti que mon intelligence de lecteur était insultée par des facilités de scénario. Ce n’est pas tout le temps le cas, j’ai peut-être trois exemples en tête sur 22 tomes, mais ça m’a marqué au point de me dire que la qualité narrative n'est pas toujours au rendez-vous.
Côté graphique, c’est particulier aussi. On a un mélange 2D/3D qui permet d'avoir de magnifiques plans urbains et c'est sans doute l'un des meilleurs représentants du genre. L'auteur prend constamment le temps de soigner ses cases et de mettre un maximum de fond, même quand ce n'est pas forcément utile, et c'est appréciable. Le talent pour les expressions faciales est réel, avec ces visages caractéristiques un peu figés ou déformés qui font écho aux zombies. Point noir cependant, pour mon œil aiguisé, il y a une surutilisation de la 3D pour les poses des personnages sur les plans larges. Ça manque cruellement de dynamisme et de réalisme, ils ont l'air figés, ce qui peut déstabiliser.
L'épilogue reste mystérieux mais il est plutôt rigolo et agréable, et en tant qu'amateur d'horreur, on est habitué à ne pas avoir toutes les explications.
En reprenant cette lecture, je voulais voir si j'avais grandi et si j'allais avoir une bonne surprise comme pour le manga Homunculus. Ça a été le cas, ça m'a rappelé l'aventure Walking Dead, mais c'est un divertissement qui ne va pas plus loin. Ça se consomme comme un film d'action sans trop d'histoire, ce qui est dommage vu le contexte mental du personnage qui méritait d'être traité de manière plus généreuse. Ça n'en reste pas une expérience désagréable et si vous avez du temps en médiathèque ou sur votre liseuse, l'aventure se laisse suivre.