"Comment créer ?" C'est la question secrète que se pose tout créateur : quelle est la "recette", la bonne façon de faire un manga / un roman / un film ? Quand on lit One Piece par exemple, on se dit que, tout de même, le mec fait ça depuis des dizaines d'années, il doit avoir une méthode, une checklist de trucs à cocher qui, magiquement, font d'une œuvre un ensemble cohérent, touchant, esthétique et marquant. On pense évidemment à la Poétique d'Aristote, qui offre une approche analytique de la tragédie, et donc finalement un bon tuto sur la création théâtrale, quoiqu'un peu démodé.

Comment, donc, faut-il s'y prendre pour écrire un manga quand on est français ? Une bien vaste question à laquelle le trio d'auteur s'efforce de répondre, une fois de plus.


Top 10 des traumatismes d'enfance

Le tome 2 d'Instinct continue sur sa lancée, que j'avais qualifiée justement de "dark Sasuke" core dans ma précédente critique, sur une noirceur assez edgy : le personnage principal traverse le deuil avec difficulté (mais bon il se prend une bonne tarte dans la tronche et ça repart), et on nous fait revivre l'enfance sous TCA + maladie incurable d'un autre. À ce sujet, je n'ai participé à aucun discourse en ligne, mais je ne doute pas que ce passage fera réagir les lecteurs, car je trouve qu'il est traité assez légèrement, surtout quand c'est la caractérisation principale d'un des personnages (tu es anorexique ? Arrête.) (itadakimasu). À part ça, la galerie de personnages n'est pas très passionnante ni attachante, et surtout, à ma grande surprise, aucun personnage n'a l'air très puissant ou intuable, même le grand méchant, dont le chara design peine décidément à me convaincre. Naïvement, si je devais faire un manga, je me serais fait un kiff et j'aurais mis un méchant trop stylé et imbattable (mais bon, chacun sa déviance j'imagine).


L'iceberg de Instinct

De plus, on découvre un peu plus sur le monde d'Agartha, qui est décidément la ville verticale "les pauvres en bas en enfer / les riches en haut au paradis" par excellence (pas grave, on aime bien les setups un peu basiques, tant qu'on arrive à en faire quelque chose). On nous présente donc le Gouffre, cette ville souterraine qui ne voit jamais la lumière du jour et où ses citoyens sont mis au ban de la société. Peut-être cela présage-t-il d'un volet social dans la suite du manga ?

J'ai encore du mal à saisir certains points du rapport social entre la ville supérieure et inférieure, et certains points d'intrigues sont encore volontairement flous, quoiqu'on se doute qu'ils cachent des révélations bien bresom (je parie 100 balles à qui veut bien les prendre que les pilules noires sont faites à partir d'un truc encore plus dark que l'adrénochrome).


Façon puzzle

Le plus gros défaut de ce tome, c'est son côté rapiécé : les différents chapitres semblent suivre un découpage aléatoire, qui témoignent d'une production difficile. Une situation qui est d'ailleurs adressée dans les credits, où l'on apprend que 20 (!) pages ont été coupées de l'assemblage final : c'est d'autant plus dommage que ces pages devaient présenter une sorte de festival à Agartha, dans lequel on aurait pu prendre du temps pour s'attacher aux personnages, introduire de l'humour (le grand absent d'Instinct, 0 blagues dans tout le tome 2), etc. J'imagine que l'inclusion d'un tel passage ne collait pas avec l'état du personnage principal (triste ou en colère), ce qui a conduit à sa perte.

Même si ce passage a été coupé, il me semble que les auteurs ont au moins pu prendre conscience de ce qui manquait à Instinct : une respiration. Le manga est assez étouffant, pour le lecteur et pour ses personnages. C'est d'autant plus étonnant quand on sait qu'il n'y a RIEN de pressant dans l'histoire : pas de grand méchant qui prépare la résurrection du roi des démons, pas de "il me reste 1 an à vivre", etc. et pourtant, on n'a pas une seule seconde à perdre pour… pour quoi faire déjà ? C'est dommage car, en y repensant, ce tome avait largement la place d'accueillir un temps calme pour nous rapprocher des personnages : je vois mal le tome 3 "prendre son temps", vu la fin du 2, donc j'espère que cette opportunité manquée n'aura pas d'impact trop négatif sur la suite du récit.


Enfin, je continuerai à le lire malgré tout (tant que la maison d'édition continue à me fournir gracieusement des tomes dédicacés).

Tridet
5
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Créée

le 22 févr. 2026

Modifiée

le 22 févr. 2026

Critique lue 13 fois

Tridet

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