Qui sera le meilleur au jeu de l'évolution ?

Ce tome fait suite à IXth Generation Volume 1 (épisodes 1 à 4, Hidden files) qu'il faut avoir lu avant. Il comprend les épisodes 5 à 8 initialement parus en 2015/2016, écrits par Matt Hawkins et peints à l'infographie par Atilio Rojo. Il comprend également les 4 couvertures réalisées par Stjepan Sejic, et les 4 couvertures alternatives réalisées par Rojo, ainsi que 6 pages de texte rédigées par Matt Hawkins revenant sur la genèse de l'histoire et sur quelques thèmes abordés. Les 2 tomes de la série forment la saison 2 d'une histoire commencée dans Aphrodite IX: Rebirth Volume 1, également écrite par Matt Hawkins et illustrée par Stjepan Sejic.


Le premier chapitre s'ouvre avec a célèbre citation de Friedrich Nietzsche : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Artémis IX, Apollo IX et Aphrodite IX se rendent dans la cité d'Hadès pour exiger réparation quant au meurtre d'Héphaïstos, et à la destruction des chambres de régénération. Ne rencontrant aucune résistance, ils poussent jusqu'aux chambres de régénération pour interroger l'exécuteur Chronos. Ils se rendent compte que selon toute vraisemblance Hadès a assassiné Velocity. Mais en fait, celle-ci se trouve dans la cité d'Hermès, où elle discute avec elle des manigances de la Présidente du conseil. En retournant à sa base, Apollo se rend compte qu'il s'est fait piéger, qu'il n'a plus la maîtrise de son vaisseau spatial et que celui-ci se dirige vers le soleil. De son côté, Ares saute dans le vide pour attaquer la cité d'Athéna.


Athéna ne se laisse pas faire, et un duel de haut vol s'engage entre elle et Ares, avec un niveau élevé de dommages collatéraux. Pendant ce temps-là, Hermès incite Velocity (Carin Taylor) à utiliser la Roue des Ombres, l'un des 13 artefacts, pour remonter dans le temps et découvrir les actes de Francesca Taylor (Chairwoman) pour comprendre les tenants et les aboutissants de son plan sur plusieurs siècles et pour découvrir où Chairwoman a entreposé le mystérieux treizième artefact. Un troisième combattant s'invite dans l'affrontement entre Athéna et Ares, et lâche la bride aux créatures de The Darkness, pour qu'elles puissent intervenir. Ailleurs un autre IX se retrouve le porteur de l'artefact Angelus. Héphaïstos. Dans le même temps, le plan de Chairwoman continue de provoquer des conséquences pour tous les habitants de la Terre.


Le premier tome était enthousiasmant, avec une histoire de science-fiction bien construite, développant une tentative de développement de la race humaine, de manière à aboutir à des évolutions lui permettant de survivre quels que soient les cataclysmes susceptibles de survenir et les apocalypses afférentes. Les quatre premiers épisodes bénéficiaient des dessins très séduisants de Stjepan Šejić. Le lecteur revient donc tout naturellement pour cette deuxième moitié du récit afin d'en découvrir la fin. Il constate que Stjepan Šejić n'est plus présent, et qu'il a été remplacé par Atilio Rojo. Visiblement, cet artiste réalise également ses planches à l'infographie. Le lecteur constate que cet artiste croque des visages qui manquent beaucoup de finesse, dans les expressions, encore plus s'il a conservé à l'esprit les dessins de Šejić. Ils arborent des expressions un peu trop accentuées, et manquant de naturel. Le lecteur se lasse rapidement de voir des protagonistes avec la bouche grande ouverte la moitié du temps, avec le visage déformé par la force des émotions.


Les personnages ont également tendance à poser, comme des poupées un peu figées. Du coup leur langage corporel ressort comme très limité. Ils ont perdu toute la grâce que leur insufflait Šejić. Passé le premier épisode, le lecteur se rend compte également que les arrière-plans ont tendance à se limiter à des camaïeux de couleur, assortis aux personnages. Dans un premier temps, cette gestion des décors apparaît cohérente avec la narration visuelle puisqu'elle évoque les composantes principales de l'environnement. Mais à partir de l'épisode 2, il apparaît qu'Atilio Rojo abuse de ce dispositif, et que les endroits manquent singulièrement de consistance. Ce récit relève de la science-fiction, et le lecteur ressent une forme de frustration du fait du manque de description de cet environnement. Malgré tout, de temps à autre, essentiellement en début de séquence, l'artiste s'investit plus pour poser le décor. Ainsi le lecteur peut prendre le temps de regarder les immeubles de la cité d'Hadès, puis ceux de la cité d'Athéna, nettement moins ceux de la cité Vulcan.


Atilio Rojo se montre beaucoup plus convaincant quand il dessine les costumes des personnages, et lors des affrontements physiques. Le scénario de Matt Hawkins repose donc sur l'utilisation d'une partie des artefacts de l'univers partagé Top Cow. Ils sont rappelés sur une page, en ouverture de l'épisode 7, avec les noms de ceux qui les portent. Sans grande surprise, le scénariste favorise Witchblade, The Darkness et Angelus. Le dessinateur s'investit fortement dans la représentation des petits démons qui accompagnent la manifestation de The Darkness, en particulier dans une double page en début du numéro 6. Il retranscrit aussi bien leur multitude, l'impression de grouillement, que l'individualité de chaque bestiole ricanant. La représentation de l'Angelus est beaucoup plus convenue, avec un individu déployant des ailes avec des plumes, comme un ange basique. Il faut attendre l'épisode 8 pour voir se manifester l'artefact Witchblade et seulement pendant 4 pages, soit finalement pas grand-chose. Ce récit comprend de nombreuses scènes de combat, et l'artiste prend soin de montrer comment les mouvements s'enchaînent de manière logique. Par contre les expressions des visages des personnages continuent de manquer de naturel, ce qui empêche de s'impliquer dans leur motivation. En outre, les combats se déroulent souvent à l'épée, ce qui finit par être répétitif et manquer d'intérêt visuel. Enfin les effets spéciaux donnent l'impression de masquer la faible densité des informations visuelles, plutôt que de rehausser les images. Cette déconvenue est aggravée par la comparaison avec le premier tome et les dessins de Stjepan Šejić.


Dans le premier tome, Matt Hawkins avait mis l'eau à la bouche du lecteur, avec un scénario ambitieux maniant le concept d'amélioration de la race humaine, sur une échelle temporelle de plusieurs siècles. Le choc de la révélation avait été efficace, et le lecteur s'interrogeait sur la suite du déroulement du plan ourdi à si longue échéance. Il savait déjà que Francesca Taylor avait utilisé les artefacts, sans bien savoir de quelle manière. Il attend avec impatience de découvrir l'ampleur de ses prévisions. Matt Hawkins est un bon auteur de science-fiction comme il l'a prouvé dans la série en 2 tomes Symmetry et d'anticipation dans la série Think Tank. Le lecteur s'attend donc à une évolution du plan de Francesca Taylor perspicace et surprenant. Il découvre les attaques organisées par une partie des IX, et l'enquête menée par les autres. Il s'en suit donc plusieurs affrontements, pas toujours folichons, parce que l'auteur se heurte aussi à la difficulté de faire exister autant de personnages, plus 2 ou 3 secondaires. Du coup, il devient assez difficile de se projeter dans l'un ou l'autre puisqu'ils sont tous réduits à des artifices narratifs, presque totalement dépourvus de personnalité. Aussi l'intérêt du lecteur se reporte tout entier sur l'intrigue.


De la même manière qu'il n'arrive pas à faire exister autant de personnages, Matt Hawkins n'arrive pas non plus à faire un usage intéressant des artefacts. Non seulement il y en a aussi trop, mais en plus ils ne jouent finalement qu'un rôle très secondaire dans l'intrigue. Il ne reste à la fin que le plaisir d'avoir revu les petits démons de The Darkness sortir quelques sarcasmes. L'intérêt du lecteur se retrouve encore plus concentré sur l'intrigue qui repose sur le plan de Francesca Taylor. À nouveau, il éprouve l'impression que le scénariste n'a pas réussi à trouver une structure narrative conservant une tension suffisante. Il a réparti les informations relatives aux artefacts et au plan de Taylor au fil des épisodes, mais des fois cela donne l'impression de redondance, et d'autres fois d'ellipses très importantes qui laissent à penser qu'en fait ça n'a pas beaucoup d'importance. Le lecteur arrive à la fin du récit, satisfait d'en découvrir l'aboutissement, mais sans en éprouver de vrai plaisir de lecture. Comme à son habitude, Matt Hawkins a inclus des pages de texte après les 4 épisodes, et il en utilise 2 pour raconter le plan de la Présidente Francesca Taylor dans l'ordre chronologique. Le lecteur n'y apprend rien de plus que ce qui est déjà contenu dans le récit.


Cette deuxième partie du récit apporte une résolution à l'intrigue très prenante débutée dans le premier tome. Malheureusement, la qualité de la narration visuelle est en deçà de celle du premier tome, et l'usage de l'infographie ne suffit pas à masquer la qualité moyenne des compositions et des capacités du dessinateur. Matt Hawkins mène à bien son intrigue, avec une structure rigoureuse, mais assez pataude, n'arrivant pas à gérer le nombre trop important de personnages, ni la fragmentation de la trame de fond.

Presence
5
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le 4 avr. 2020

Critique lue 30 fois

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