Jaune
6.2
Jaune

BD franco-belge de Guillaume Renard (Run) et Prince Rours (2024)

Depuis la création de son label de BD Label 619, aux tonalités pop et urbaines, RUN a imposé en France un univers atypique, moderne et stylisé, infusé dans une culture souvent américaine mais réimaginé. Sa création Mutafukaz en est emblématique, ainsi que d’autres créations telles que ses anthologies horrifiques DoggyBags.

Run, alias Guillaume Renard, est ainsi un scénariste qui remet au jour une certaine culture du cinéma d’exploitation, sans jamais confondre série B et arnaque aux frais du consommateur. En 2024 il lance une nouvelle série prévue en 3 tomes, une relecture du slasher, mais aussi d’un certain cinéma adolescent des années 1990 et 2000.

Run et son confrère Rours offrent ainsi avec Jaune à la fois un hommage et leur relecture de ce genre, mais dont la proposition est bien loin d’avoir le couteau émoussé.

L’ouvrage est au format compact et réduit, qu’on peut imaginer faire référence à Elvifrance et aux bandes dessinées de mauvais genre, dans un noir et blanc un peu poisseux, accompagné de quelques scènes en couleurs. La découverte de ce qui justifie ce parti-pris entre ce qui est en noir et blanc et des autres mises en couleurs est au bénéfice d’un malin rebondissement du scénario.

Jaune n’offre pourtant pas une histoire de la plus grande originalité, au premier abord, avec sa colonie de vacances et ses adolescents, dont la présentation est initiée par une histoire au coin du feu autour d’un tueur au ciré jaune qui roderait dans la région. Pour autant, si on découvre la violence brutale et complètement exagérée de ce tueur lors des scènes en couleurs, la menace réside avant tout dans le comportements des adolescents et des moniteurs. Opportunistes, mesquins, quand ils ne s’adonnent pas à la drogue et aux ébats bien sexuels, ils vont jeter leur courroux bien à la gueule de la pauvre Lucie, mal à l’aise avec les jeunes de son âge, soudés par un groupe aux motivations troubles, et qui a eu le malheur de voir ce qu’elle n’aurait pas dû voir.

Ce premier tome inaugure ainsi ce qui sera une revanche terriblement sanglante, autour de Lucie et ce tueur au ciré jaune. Jaune verse dans ses excès d’une certaine violence autour de la torture et de mises à mort brutales, que les amateurs apprécieront, ainsi que quelques pages à l’érotisme exagéré, l’album est définitivement pour amateurs avertis, dans un mauvais genre toujours réjouissant de retrouver ainsi.

Sa relecture de la série B ne l’empêche toutefois pas de développer son intrigue, de présenter ses personnages, habituelles figures archétypales, pour mieux prendre à partie le lecteur devant l’injustice de la principale scène choc de ce premier tome. Jaune nous offre à voir ses personnages faibles et mesquins, coupés du monde dans cette colonie pour mieux y exprimer leurs bas instincts. Le sort de Lucie est à double tranchant, en tout cas encore présentée comme une victime.

Rours serre les poings, et son dessin est un mélange détonnant d’influences japonaises principalement, à l’image des expressions des protagonistes, mais avec certaines sensibilités américaines et européennes. Les pages sont ainsi bien chargées, le trait est fin et sanglant, au bénéfice de nuits grouillantes. La mise en scène est vive, les cases les plus violentes dramatisées. Le format réduit impose une certaine limite au cadre, véritablement angoissante, sans guère de moments de paix.

Ce premier tome donne les coups, et cela fait mal. Une bédé aux intentions de petit plaisir coupable pour les amateurs, sans véritable recherche de compromis pour satisfaire une audience large, bien au contraire. Un volume inaugural qui bouscule mais se révèle aussi jouissif dans le basculement de son histoire, malgré ses évidentes facilités, mais qui semble aussi avoir déjà épuisé beaucoup de cartouches. Le récit de revanche est ainsi bien lancé à la fin de ses pages, le casting déjà bien décimé, se pose alors la question de ce que pourront proposer les deux tomes suivants. La curiosité étant attisée, il faudra se plonger dessus lors de leurs sorties.

SimplySmackkk
7
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le 28 oct. 2025

Critique lue 15 fois

SimplySmackkk

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