C'est entre 2009 et 2010 que l'on a en partie découvert JEANINE de Matthias Picard. C'était dans la revue LAPIN (n° 37 à 42) du même éditeur.
Toute proportion gardée, c'est à l'instar de Spiegelman et son "Maus" que se trouve l'un des points forts de JEANINE : L'auteur devient acteur. De fait, les échanges avec sa voisine prostituée nécessaire à la construction de la BD se joue sous nos yeux, tout comme l'évolution de la complicité qui se noue entre eux. Il lui pose des questions, elle lui répond, ils échangent et les cases se remplissent des souvenirs de la péripatéticienne.
Matthias Picard jongle parfaitement entre passé et présent qu'il découpe alors en passionnants épisodes, ceux d'une vie faite de blessures et d'innombrables combats. Pas de pathos, un peu d'humour et beaucoup de finesse pour un mélange d'une rare justesse. JEANINE est le touchant portrait d'une femme unique, fait de douleurs enfouies, de vécu fantasmé, mais aussi d'une mémoire et d'un corps qui flanchent à cause de ce maudit temps qui passe. Vigoureux, le noir et blanc de Matthias Picard est plus complexe qu'il n'y parait et colle idéalement à la force du propos. Il livre ainsi un one shot indispensable pour tout amoureux de bandes dessinées et de chouettes histoires tout court. Du très bon travail.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.