Deux récits ironiques adaptés de l'écrivain Jean-Luc Coatalem par Loustal.
Le côté feutré et mondain, mâtiné d'un brin de nostalgie des années 1930-1940 (paquebots et croisières pour oisifs, jolies cartes anciennes de l'Indochine coloniale), n'a pas été choisi au hasard par Loustal, dont les dessins, assez raides et figés, se prêtent plus à l'illustration de scènes calmes que d'actions précipitées. De fait, Loustal met beaucoup de soin à nuancer les couleurs du ciel (roses et violets pastel des crépuscules) et des décors (bleus un peu glacés des parois et des banquettes dans les halls ou les cafés). Les scènes de nuit ou de crépuscule lui permettent de mettre en valeur l'éclat d'un regard dans un écrin de bleu sombre.
Les phylactères rectangulaires sont parfois assez envahissants, car le lettrage est gros, ce qui donne cette lisibilité aux textes comme aux dessins. Par contre , les détails décoratifs sont esquissés : quelques traits semés en oblique sur un veston suffisent à suggérer les couleurs du tissu.
Les personnages principaux sont d'apparence très policée, mais ils ont tous un petit quelque chose qui les rend bizarres : un employé de bureau colonial soumis à un chantage, et que l'on sent devoir mettre en scène à un moment ou à un autre ses talents d'acrobate; un steward qui rêve toutes les nuits de pangolins agressifs, un psychanalyste sinistrement freudien qui a besoin de se mettre pieds nus pour écouter son patient, Arturo Caramajis qui endosse plusieurs identités sociales sans qu'on sache trop s'il y en a une de vraie, et qui oscille entre une bienveillance amicale entre le steward et son désir de le mettre à la porte soudainement...
On se laissera prendre au charme de ces deux récits, dont l'élégance se mêle d'ironie dans la chute finale...