Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Aurore. Au beau milieu d’une forêt verdoyante, dissimulé entre les herbes folles, les buissons iridescents, les rhododendrons en fleurs où bruisse le gazouillis ininterrompu de petits insectes tout choupinous, gît le cadavre d’une petite fille. C’est ici qu’apparaît une étrange communauté qui semble échappée d’un conte de fées. Aurore en serait la princesse, occupée à tenter d'organiser tout ce petit monde, à distiller l’harmonie entre les êtres pour les accorder à la nature environnante et faire de ce lieu un paradis sur terre. Un noble projet qui va hélas rapidement virer à la boucherie ignoble et dégueulasse. Et c’est bien là que réside toute la beauté de cette bande dessinée, dans la douce folie qui envahit l'histoire par petite touche, comme par pudeur, comme si l’horreur s’excusait de perturber l’harmonie fragile de ce petit coin de forêt. On y observe alors un peu médusés ce curieux mélange de féérie bucolique, la volupté de ce monde miniature, et la violence qui va progressivement s’en emparer, comme une douce illustration de la fin du monde.