Grant Morrison n'a jamais été le scénariste le plus facile à appréhender.
D'ailleurs, si je suis assez fan de l'auteur, j'ai toujours un peu de mal à conseiller ses travaux tant ils peuvent paraître obscur pour le néophyte (et même pour les habitués)
Duncan Fegredo, lui, je l'ai connu plus récemment.
Plus précisément, en tant que remplaçant de luxe de Mignola sur Hellboy.
Et quel remplaçant : un graphisme ultra moderne, fouillé avec une ambiance qui prend aux tripes.
Autant vous dire que quand j'ai appris que le gars exerçait en fait depuis des années et avait fait ses début en compagnie de Morrison ou Milligan avec un trait encore en pleine maturation, ma curiosité a vite pris le pas.
Et encore plus que sur Enigma, Fegredo surprend avec un Kid Eternity avec un style peint furieusement inspiré par les travaux de Dave McKean ou Bill Sienkiewitcz
Tout ça sent la rage et la fureur et chaque page nous saute à la gueule.
Par moment, ça manque un peu de lisibilité et on pourrait lui faire le reproche de ne pas apporter sa touche personnelle (mais l'auteur aux multiples styles passera des années à se réinventer donc on lui pardonne assez vite) mais techniquement, on reste assez subjugué par l'ensemble qui montre déjà les bases d'un talent immense.
Côté histoire, on m'avait vendu Kid Eternity comme une intrigue ardue.
Effectivement, les premiers chapitres, qui te jettent tout de suite dans le bain, peuvent paraître obscurs mais on réussit assez vite à raccrocher les wagons.
On pourrait même dire qu'au final, l'ensemble est assez classique , à base de voyage aux enfers et autres tueurs psychopathes.
La vraie force de l'intrigue de Morrison, c'est son traitement.
La narration éclatée, les répétions de scènes, les passages entre les personnages sont parfaitement gérées et alimentées par une vraie qualité d'écriture de la part du scénariste.
On se laisse emporter par les mots et on déguste les dialogues.
Alors , il est clair que ce n'est pas l'histoire la plus folle de l'auteur britannique.
On est vraiment dans les classiques de l'époque avec une ambiance horrifique ( qui rappelle celle d' Enigma de Miligan ) qui mise une bonne partie de son charme sur l'ambiance qu'elle va distiller tout au long du récit.
De plus, si on ne connaît pas le personnage d'origine, on peut passer à côté de certains éléments clés de l'intrigues (Heureusement, comme à son habitude, Urban nous propose une introduction nous présentant assez bien le personnage et la portée du projet)
En somme, Kid Eternity est un pur comics d'ambiance.
Parfaitement écrit et dialogué, il a en plus le mérite de nous faire découvrir les débuts de Duncan Fegredo en mode Dave McKean.
Loin d'être le scénario le plus ardu de Morrison, il demandera cependant une certaine application de lecture et une acceptation à rentrer dans un tripe légèrement psychédélique.