Une excellente adaptation, tant pour sa patte graphique que sa transposition intelligente du roman sans surcharger le récit de dialogues ou d'informations.
Ce qui constitue souvent la limite d'adaptations de romans en bande dessinée où on a l'impression que les scénaristes se contentent souvent, par respect envers l’œuvre originelle ou manque d'émancipation, de proposer une version synthétique du livre, ce qui se traduit forcément par une BD peu agréable à la lecture tandis que les connaisseurs du roman noteront de toute façon les éléments perdus en cours de route.
Et sans vouloir être insultant envers l'adaptation Franco-Belge de l'Assassin Royal, c'était exactement le problème de cette précédente bande dessinée pour le peu que j'en avais lu.
Il n'en est rien dans le cas présent où on se retrouve même face à une transposition qui est presque d'une évidence troublante dans son efficacité. D'une part, le ton du roman est parfaitement maitrisé que ce soit dans la colorimétrie grisâtre ou même le design des personnages; c'est bien simple, c'est exactement ce que j'avais en tête en lisant le roman. Durant l'époque lointaine où je suivais assidument l'actualité des romans Harry Potter, j'étais tombé sur des fan-arts (dont j'ai hélas oublié l'auteur depuis) où je m'étais dit "c'est exactement comme ça que je m'imaginais les personnages". Et bien, cette alchimie surréaliste est bien réussie dans le cas présent.
Mais ce comic n'est pas seulement qu'une belle transposition visuelle mais aussi un récit décortiqué avec soin pour s'adapter à son médium. J'étais ainsi particulièrement heureux de voir des pages dénuées de dialogues ou avec une mise en scène aérée et où le texte brillant de la grande Robin Hobb s'efface parfois au profit d'une narration par l'image nécessaire. A ce titre, ce premier tome est vraiment méritant car il adapte une partie compliquée de la vie de Fitz : son enfance indécise entre les mûrs du château où le personnage est malmené d'un mentor à un autre durant plusieurs années, ce qui se traduit par un vieillissement très convaincant du héros entre le début et la fin de l'album.
Enfin, c'était un vrai plaisir de redécouvrir les origines du personnage après m'être quand même enquillé les trois époques de la saga littéraire (oui, ça fait beaucoup); avec la connaissance de l’œuvre dans son ensemble, cette "relecture" occasionne forcément quelques sourires de connivence, notamment la première apparition du Fou, personnage encore très effacé dans le cadre de cette introduction.
De ce fait, si vous êtes un peu intimidés par la taille de la saga littéraire (je peux comprendre), cette BD est une très bonne alternative pour économiser votre temps tout en ayant quand même un bel aperçu de cet univers emblématique de la Fantasy occidentale. Il y a un hic néanmoins : la saga ne doit plus être très populaire dans nos contrées car seul le premier tome de la trilogie est disponible en français et il est malheureusement assez difficile à dénicher. Après une première commande infructueuse, je me suis résolu à acheter le comic...En VO! Ce qui m'a permis ainsi de redécouvrir l’œuvre de Robin Hobb dans sa langue originelle et d'apprécier également les choix de traduction malins qui avaient été effectués pour la version française ; un contretemps qui rajoute finalement à la saveur de cette redécouverte mais il faut tout de même avoir un niveau d'anglais solide pour débuter cette lecture avec l'usage d'un parler forcément très médiéval, sans compter tous les noms de lieux et de familles propres à l'Assassin Royal.
Bref, j'espère que le comic bénéficiera d'une meilleure édition en France car il mérite largement d'être mis en valeur en comparaison de la BD Franco-Belge et vous savez donc laquelle de ces adaptations je vous conseillerais pour débuter votre découverte de Fitz et Œil de Nuit. :)