L’avant-propos présente un auteur de bande-dessinée bousculé lors d’une rencontre avec des élèves d’un collège. L’un deux, insolent, n’hésite pas à lancer : « pourquoi vous prenez toutes ces précautions pour faire vos bouquins ? Vous avez peur ou quoi ? » Sans réponse et piqué au vif, Etienne Davodeau se lance alors dans la réalisation d’un ouvrage spontané, « directement à l’encre et sans retouche », appelé « L’atelier ».

C’est donc un livre sous contrainte que réalise ici l’auteur. Ainsi, sans travail préalable, il est évident qu’il n’est pas exempt de défauts, tant graphiques que narratifs. Mais derrière cette inévitable imperfection, se cache une curiosité pas désagréable. En effet, tout semble pris sur le vif. Davodeau nous présente sa petite famille. On a l’impression que tout est dessiné en direct, ce qui donne une narration des plus originales. D’abord très réaliste, l’histoire va finir par s’emballer sous la pression des deux filles, rendant l’ouvrage d’autant plus original.

La narration est clairement le point fort de « L’atelier ». Les personnages interagissent en permanence avec l’auteur, lui demandant de faire des choses, d’être représenté de telle façon. Davodeau leur répond, souvent hors case, et on voit la bande-dessinée se modifier alors. Ce jeu auteur/personnages prend réellement son envol au fur et à mesure des pages. Rapidement, les enfants comprennent qu’ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent, il suffit de demander à papa de le dessiner…

L’introduction d’une part de fantastique, très onirique, est à la fois une surprise et un évènement très logique. L’auteur, démarrant dans un carcan classique, semble se lâcher au fur et à mesure qu’il avance, régalant le lecteur.

Beaucoup de styles se côtoient donc dans ce livre. L’humour est également présent, de façon subtile et bien amenée. Ainsi, les critiques sur le dessin de l’auteur sont souvent prétextes à sourire. Quand Davodeau dessine un dauphin à la demande de ses filles, celles-ci croient que c’est un requin… Il leur en dessine alors une pleine page où elles choisissent celui qu’elle préfère…

« L’atelier » est un exercice de style et il faut le prendre comme tel afin d’éviter d’achopper sur les maladresses inhérentes aux contraintes qu’Etienne Davodeau s’est imposé. A la lecture, c’est avant tout un ouvrage qu’on a vraiment l’impression de vivre, tant son instantanéité se ressent. Davodeau a relevé son pari, en exploitant en profondeur les contraintes de son exercice. Un livre à découvrir pour les plus curieux d’entre vous !
belzaran
7
Écrit par

Créée

le 13 oct. 2012

Critique lue 210 fois

belzaran

Écrit par

Critique lue 210 fois

4

Du même critique

Shangri-La

Shangri-La

5

belzaran

603 critiques

Une critique du consumérisme caricaturale

« Shangri-La » avait marqué l’année 2016. L’album de Mathieu Bablet, lourd de ses 220 pages, proposait une couverture racée et intrigante et une science-fiction de qualité. Devant les promesses,...

le 13 déc. 2017

Le Chemisier

Le Chemisier

4

belzaran

603 critiques

Quelle vacuité !

Avec le scandale de « Petit Paul » et ses accusations d’être un ouvrage pédopornographique, on aurait presque oublié qu’au même moment ou presque Bastien Vivès publiait « Le chemisier ». Ce roman...

le 22 févr. 2019

L'Âge d'or, tome 2

L'Âge d'or, tome 2

7

belzaran

603 critiques

Une impression d'inachevé

Le premier tome de « L’âge d’or » avait impressionné par son dessin, notamment par ses grandes illustrations façon tapisseries médiévales. Racontant un récit initiatique somme toute classique, ce...

le 24 févr. 2021