Je sais que Tezuka, c’est le papa de la bande dessinée japonaise, voire même le papa de la bande dessinée tout court, à tel point qu’on a parfois l’impression qu’il a tout inventé. On devrait lui dédier des statues et des monuments un peu partout autour du monde. Et à aucun moment je ne veux décrédibiliser ce grand monsieur qui a construit un art et bâti des imaginaires fantastiques dans une époque plus que troublée…
Cependant, je me rappelle avoir découvert L’Histoire des trois Adolf il y a 15 ans de ça et avoir détesté ma première lecture. Après plusieurs échanges, je me suis dit que j’avais certainement bien plus mûri et que j’avais grandi depuis un petit moment pour pouvoir me replonger à nouveau là-dedans. Malheureusement, le constat est toujours le même...
Déjà, je viens d’une époque où les profs d’histoire nous ont rabâché pendant des années entières l’horreur de la Deuxième Guerre mondiale. Rien n’est à remettre en cause ici, c’est très grave, ça a bouleversé le monde entier et des horreurs ont été commises. On souhaite tous ne plus avoir à répéter ce genre d’histoire. Cependant, j’ai peut-être été un jeune un peu saoulé par le fait qu’on me rabâche sans arrêt cet événement alors que l’histoire humaine est bien plus large et variée que cela.
Alors lorsqu’il y a une œuvre qui traite de ce sujet, j’avoue y aller toujours avec un petit pas de recul, en espérant ne pas tomber encore une fois sur une œuvre un peu trop misérabiliste et un peu trop cliché nous rappelant simplement que la guerre, ce n’est pas beau et que c’est méchant de maltraiter n’importe quel peuple.
Malheureusement, c’est un peu ce qu’on a ici.
C’est dommage, puisque là où j’avais apprécié ma première lecture, tout comme la seconde, c’est qu’on est sur une vibe un peu comme on peut avoir sur certains albums de Tintin. Avec une vraie frénésie au cœur de l’aventure, donnant envie de tourner les pages pour savoir comment nos héros vont faire pour s’en sortir. Et en termes de rythme, monsieur Tezuka a su nous montrer qu’il était déjà d’un très grand talent.
Mais en dehors de ça, je trouve que l’intrigue repose sur le fait qu’un document prouverait que la grand-mère d’Adolf Hitler aurait été juive, ce qui pourrait bouleverser le régime nazi… Et j’avoue trouver que, sur le fondement, c’est un peu léger, voire même carrément enfantin.
Le récit est ambitieux, mais c’est quand même très difficile de croire qu’un simple document aussi anecdotique puisse provoquer l’effondrement d’un régime totalitaire. Les gens étaient totalement obnubilés par les discours de ce barjot et ce n’est pas un petit événement comme ça qui aurait pu détruire l’intégralité de cette idéologie. Bien au contraire, au vu des illuminés qu’il y avait, ils auraient très bien pu se dire « justement, c’est parce qu’il est issu de ce peuple qu’il a l’honnêteté d’avouer que… ».
Le fait qu’un basculement aussi important repose sur ce simple élément me paraît vraiment très difficile à croire. Après, je n’ai aucun problème à intégrer de la magie ou n’importe quel élément un peu farfelu dans une histoire. Mais ici, ça paraît tellement gros que seul un adolescent pourrait vraiment s’imaginer qu’un document aussi anecdotique puisse faire vaciller l’illogisme d’une politique ignoble. (Et notez que je me fiche totalement de la vérité historique de tout ça. C’est dire si ma suspension consentie de l’incrédulité est pourtant assez souple.)
D’ailleurs, ces fameux documents passent simplement d’un personnage à l’autre. Le tout reste souvent en arrière-plan et avance sans qu’il y ait de grande influence réelle sur les événements. J’ai l’impression de me retrouver souvent confronté à des scènes de tension plutôt bien gérées, entrecoupées de longueurs inutiles. Et dans un contexte aussi riche historiquement, je trouve ça assez malheureux.
Parce qu’avec une telle matière, on aurait pu s’envoler bien plus loin dans les confins de l’imaginaire. Je trouve qu’ici, bien au contraire, ça reste assez sage. Pour en dire plus sur ce point, ce qui reste très sage aussi, c’est la faible tension narrative. Puisque le lecteur comprend rapidement que certaines situations n’auront de toute façon pas de conséquence. Et du coup, l’intrigue semble parfois tourner autour de la même idée sans évoluer, ce qui donne un résultat assez médiocre... Une histoire qui donne l’impression de stagner malgré de nombreux événements historiques pourtant majeurs.
Autre chose qui m’a quand même plutôt dérangé et pour rester dans l’idée que j’ai citée plus haut en parlant de vibe Tintin, le personnage de Sohei Togué est protégé magiquement par le scénario. Tout comme Tintin, qui sous ses airs de blondinet bien sage a en fait le vécu de 50 Cent, déjà pris plusieurs balles dans le corps sans en mourir, notre héros ici échappe à des poursuivants dans des situations invraisemblables et arrive à survivre à des situations impossibles bien trop souvent, et de manière souvent un peu trop enfantine, réduisant drastiquement la tension dramatique.
J’ose même dire que le troisième tome m’a semblé n’être qu’une triste longueur au vu du peu de peur que j’avais pour le protagoniste.
Trop de facilités narratives tuent la narration. Je pense qu’on est tous d’accord avec ça. Donc, en abusant de deus ex machina, de coïncidences scénaristiques et d’autres choses très farfelues, j’avoue ne pas comprendre comment certains lecteurs semblent ne pas être totalement sortis de l’histoire.
C’est d’autant plus frustrant que les deux autres Adolf auraient pu porter une vraie complexité dramatique. Adolf Kaufmann, par exemple, est sans doute le personnage le plus intéressant du récit avec sa trajectoire d’endoctrinement. Mais là encore, j’ai souvent eu le sentiment que cette évolution restait trop schématique.
Mais au-delà d’une narration très répétitive avec les facilités que l’on connaît, on se retrouve face à une structure trop proche du thriller, avec la boucle enquête-poursuite-révélation qui se répète bien trop de fois sur un récit excessivement long. Un récit qui se concentre alors sur deux premiers tomes ne parlant même pas réellement de ces trois fameux Adolf… le tout pour conclure sur un final situé en Israël un peu abrupt, avec une morale enfantine, peut-être un peu appuyée.
Une structure répétitive ça peut ne pas poser de problème. Sur le papier cela peut fonctionner, mais à la longue on a surtout l’impression de voir les mêmes mécaniques se répéter encore et encore sans que l’histoire avance réellement.
Je dois bien l’avouer, il n’en fallait pas plus pour marquer au fer rouge ma non-appréciation de cette œuvre.
C’est dommage, puisque les reproches que l’on peut trouver sur les bases historiques contestables me semblent presque hors sujet. J’ai l’impression qu’on est tellement face à une œuvre pour enfants que la véracité des faits m’apparaît finalement assez secondaire.
La construction du récit dans son ensemble me semble tellement cassée, avec une intrigue centrale que je trouve finalement assez inutile, passant d’un personnage à l’autre pour finalement ne provoquer aucun réel changement et finir sur un MacGuffin inefficace. Je crois que les erreurs sont nombreuses et qu’elles m’ont largement convaincu de l’inintérêt de cette lecture.
Après attention... Je suis ravi que beaucoup aient plus apprécié que moi et que beaucoup se soient plongés dans cette aventure. Et je dois bien avouer que les passages d’action, bien que farfelus, restent quand même originaux et on ne peut pas leur enlever leur côté frénétique.
Mais l’intégralité de ces défauts, saupoudrée d’une naïveté dégoulinante, m’a rendu la lecture bien trop désagréable. Même si ce manga est considéré comme l’un des plus cultes, je continue de le déconseiller, car je ne comprends toujours pas ce qui a pu autant plaire aux lecteurs au fil du temps.