C’est dans un univers fantastique d'une grande délicatesse que m’a plongée ce premier tome. J'ai été immédiatement séduite par le graphisme : des personnages aux regards expressifs et un trait léger, tout en courbes, qui offre une sensation de douceur à chaque page. L'histoire de la jeune Lala nous transporte dans un récit où la mort est traitée avec une rare élégance et une profonde poésie.
Lala appartient au clan des Mnème, dont le rôle sacré est de recueillir les souvenirs des défunts. Mais leur mission ne s'arrête pas là : ils accompagnent les âmes vers l’au-delà par des rituels chantés. Nous suivons Lala alors qu’elle s'apprête à devenir, elle aussi, une "chanteuse". Ce passage de grade est une étape cruciale qui ne manque pas de l'inquiéter, car il change radicalement sa perception du monde.
L'originalité du manga réside aussi dans la dualité entre deux clans :
- Les Mnème : Gardiens de la mémoire et de la douceur du souvenir.
- Les Karm : Véritables "faucheuses" chargées de donner la mort quand le moment est venu.
Cette collaboration entre ceux qui donnent la mort et ceux qui en préservent l'essence crée une dynamique fascinante. Cependant, le doute s'installe chez notre héroïne. Lala s'interroge sur sa propre sœur : si celle-ci possède une voix envoûtante, la "pièce des souvenirs" dans son esprit semble glaciale et hostile. Cette vision terrifie Lala, qui craint de voir sa propre âme se transformer en grandissant.
Lala n'est pas humaine, elle ressemble à une petite elfe mélancolique qui n'apparaît aux hommes que lors de leur dernier voyage. C'est un personnage pétri de tendresse qui apporte une lecture apaisante malgré les thématiques graves. Ce premier tome réussit le pari de créer une mythologie originale, sans réel équivalent dans nos traditions occidentales.
Verdict : Une très belle lecture, nimbée de mystère et de sensibilité. On ressort de ce premier volume avec l'envie pressante de percer le secret qui unit les Mnème et les Karm, et de comprendre le destin qui attend la douce Lala.