Eloïse sort d’une séparation douloureuse, et, pour avoir eu envie d’un peu de sexe (et d’un minimum de tendresse…), elle croise la route d’un drôle de mec qui va s’enfuir, aussitôt son « coup tiré », abandonnant même derrière lui, dans sa précipitation, son caleçon sur le sol. Pas cool, certes ! Humiliant, même… Sauf que, alors que la plupart des femmes auraient effacé un tel goujat (« un beau c…d ! ») non seulement de leur vie, mais de leur mémoire, Eloïse – qui est en fait Ovidie, l’autrice à succès, « spécialiste de l’intime » -, va se lancer dans une véritable enquête. Pour analyser ce qui a pu entraîner un tel comportement, pour l’expliquer, pour le comprendre. Et, aussi, pour pouvoir passer outre, à un moment où elle est fragilisée par sa situation amoureuse, et repartir.

C’est cette enquête que nous allons suivre pendant les plus de 100 pages de La Dialectique du calbute sale, mise en images avec vivacité, élégance et clarté par Audrey Lainé… Une dessinatrice qui réussit remarquablement à créer du rythme, de la dynamique, dans ce qui risquait de n’être qu’une suite de ruminations pessimistes sur nos comportements les moins honorables, mélangées à toutes de sortes de théories psychologiques, sociologiques et autres. Bref, on attaque le livre en se disant, quelque part : « Franchement, est-ce que ça vaut la peine de se prendre la tête à cause d’une sombre m… qui s’est mal comporté ? », mais on le referme ravi de toutes ces riches discussions auxquelles on a assisté. Et dont on a forcément tiré quelque chose qui nous regarde, qui nous concerne, qui nous intéresse même, qu’on soit un garçon ou une fille. Qu’on ait soi-même eu un jour un comportement négligent qui ait pu blesser quelqu’un, ou qu’on en ait été, au contraire, victime.

Le trajet d’Eloïse, qui sera assistée tout au long de son enquête, par un ami sincère, l’amènera évidemment à discuter avec des proches, mais également, et c’est là que le livre passionne, à demander leur avis à des « professionnels » : sexologue, journaliste passionnée par les questions autour de la sexualité, éducatrice, militante féministe, spécialistes du numérique, écrivaine, etc. Chacune de ses conversations apportera un regard différent sur les causes possibles de l’humiliation, et Eloïse pourra relier sa propre douleur aussi bien aux luttes féministes qu’aux questions fondamentales de l’évolution des rapports amoureux et sexuels, mais aussi des rapports de domination et de soumission entre les sexes, dans une société qui évolue parfois beaucoup trop vite pour que chacun s’y sente encore à l’aise…

… Jusqu’à une « explication finale », qui n’a rien d’une révélation, et qui s’avère sans doute trompeusement banale. Mais de toute manière, comme dans tout « voyage », c’est plus le trajet qu’on aura fait que la destination qui importe, non ?

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/02/09/la-dialectique-du-calbute-sale-de-ovidie-et-audrey-laine-enquete-sur-une-humiliation/

Eric-Jubilado
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le 9 févr. 2026

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