La Fabrique des insurgées
6.9
La Fabrique des insurgées

BD franco-belge de Bruno Loth (2025)

Années 1860. Adélaïde et Camille, deux amies, quittent l’Ardèche pour devenir ovalistes (ouvrière de la soie) dans une usine lyonnaise. Adelaïde succombe aux cadences infernales imposées par les patrons quelques mois après son arrivée alors que Camille finit par trouver sa place au milieu de ses compagnes de labeur. Elle est par la suite rejointe par ses jeunes frères et sœurs, eux aussi soumis à des conditions de travail inhumaines. Ne supportant plus les salaires ridicules, les horaires à rallonge et les violences (y compris sexuelles) des contremaîtres, les ouvrières décident d’écrire au préfet pour obtenir des avancées sociales et professionnelles. Devant le silence de ce dernier, elles n’ont d’autre choix que de se mettre en grève.

Ce one shot forcément militant se veut un hommage à une lutte féministe à laquelle peu d’historiens se sont intéressés. Le propos est très documenté, hyper rigoureux et fidèle à la réalité en ce qui concerne le déroulé des événements. C’est évidemment enrichissant d’un point de vue historique mais trop sage au niveau de la narration. Ce côté didactique (presque scolaire) ne permet pas de réellement s’attacher à ces femmes en lutte. Par contre les aspects sociaux sont passionnants. Il est par exemple intéressant de constater à quel point les syndicats, censés défendre les ouvrières, n’ont pu se défaire d’une vision patriarcale du travail et du rapport de force entre les grévistes et les patrons. Ou encore de voir que ces femmes n’ayant pas eu accès à la moindre instruction sont incapables d’écrire une lettre officielle et doivent engager un homme pour rédiger leur missive au préfet.

La toute première grève féminine de l’histoire de France aura duré moins d’un mois et n’aura pas accouché de grandes avancées sociales. Il n’empêche, cette page d'histoire de la lutte sociale émanant d’ouvrières méritait d’être davantage portée à la connaissance du public. C’est chose faite grâce au travail minutieux et engagé d’un Bruno Loth au meilleur de sa forme graphiquement parlant.


jerome60
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le 25 juin 2025

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